La nuit est le jour


Ambiance feutrée, « La Nuit est le jour » rassemble une quarantaine de poèmes écrits la nuit, dans l’intimité d’un appartement parisien. Le temps qui passe, la sensualité, les angoisses, de nombreux thèmes sont abordés avec pudeur et sincérité. L’univers d’un jeune homme qui se dévoile au fil des mots…

« La nuit est le jour » est en consultation libre... 
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Mardi 8 juillet 2008

 

Professeur Erase remet ses lunettes rectangulaires et observe son agenda. Il songe : « Encore ce gros balourd ! Ce n'est pas possible...La troisième fois en deux semaines.» Il prend son télèphone.

« Faites venir Monsieur Corlier »

James montre le bout de son nez, toujours très intimidé par le charisme quasi surnaturel du Professeur. Le vieil homme aux allures très Hemingway se lève pour accueillir son patient.

« Entrez James. Installez-vous...Prenez vos aises...comme d'habitude... »

Faux sourires. James comme un ballon de foot rebondit jusqu'au canapé où il s'allonge avant de se redresser.

« J'en peux plus ! L'hôtel me tue ! Deux bus complets de Chinois hier soir... j'avais envie de les transformer en sushis!

_Les Sushis sont Japonais...

_C'est pareil...A trois kilomètres près... »

Il sort d'un sac en plastique des friandises.

« Vous en voulez ? » Demande t-il au Professeur qui est en train de s'asseoir sur une chaise dans un coin de la salle. Le plus loin possible de lui. Il répond sèchement.

« On ne mange pas dans mon cabinet, je vous l'ai déjà dit....

_Cabinet ?

_Mon bureau ! Rangez ces cochonneries, nous ne sommes pas au cinéma ! »

James sursaute, il n'aime pas mettre en colère son psychanalyste. Surtout qu'il ne s'agit pas de la première fois. Professeur Erase songe à interrompre la séance mais en posant les yeux sur la photo de sa femme devant le yacht, il se souvient des factures. Il lui faut de l'argent pour assouvir les besoins de sa jeune et dernière épouse en date: Marie-Line.

James se redresse et lui dit le poing en l'air

« Je suis en pleine dépression Professeur !

_Non James. Un peu de déprime, certes, mais pas de dépression...

_C'est kif-kif ! Ce que je sais est que j'ai moins d'appétit. Ce qui signifie que ça ne va pas. Mon estomac est l'indicateur de mon moral. Sans faim, je ne vais pas bien ! »

Léger soupir de notre professeur qui prend quelques notes sur son carnet :  Appelez le restaurant des Roses pour réserver une table pour 2. Vacances en juillet à Saint Trop'???

« Je vous écoute...Poursuivez...

_Je sens que nos séances me font du bien...Ça me fait du bien de parler à un homme. Parce que dans mon entourage entre Micheline, les triplettes et ma mère, je ne suis pas gâté. Henri va tout cafter à ma mère. Et puis Gaby, il est plus intéressé par les chiffons que par les voitures ! Enfin pas vraiment puisqu'il a une auto- école.. Vous me comprenez... En parlant de ma mère...Vous savez Gina ?

_Mmmmmm » répond t-il sans lever la tête.

« Et bien, elle souhaite vous rencontrer...

_Me rencontrer ? 

_Oui, elle veut se faire désintoxiquer de la chirurgie esthétique.

_Vous plaisantez ?

_Non. »

Le Professeur Erase manque de s'étrangler. Son cerveau rentre en phase euros, instinct de survie, ses lèvres prononcent sans qu'il ne comprenne vraiment.

« C'est une excellente idée, je vais la serrer...euh la sevrer... »

James tourne la tête vers son interlocuteur.

« Je vais le lui dire...

_C'est ça. Poursuivons....Quel est votre souci du jour... »

James déboutonne son pantalon. Il n'a qu'une seule envie : retirer ses chaussures.

« Docteur...J'ai plein de choses à vous raconter...Micheline a encore fait des siennes...Je suis certain qu'elle me trompe avec le serveur du Mac Donald...Ce n'est pas possible autrement...Elle ne parle plus que de lui. Elle n'a que son prénom à la bouche. Luigi par ci, Luigi par là....Je n'en peux plus !

_Luigi, c'est plutôt un prénom de pizzaiolo..

_Non Docteur. Pas Pizza Hut, Mac Donald...

_Poursuivez...

_Elle m'en fait voir de toutes les couleurs. Avec les gamines, c'est l'enfer ! J'vous raconte pas, trois rousses à la baraque, ça chingle!

_James, voyons, tout cela est faux. Une couleur de cheveux n'a pas d'odeur.

_ Non, je parle des couches culottes ! Les triplettes arrêtent pas de chier partout ! Même Mémé Marcelle ne veut plus les garder... C'est dire...Elle n'a pourtant presque plus d'odorat depuis qu'elle s'est pris des fumigènes lors d'une manif' pour les chiennes en mutation.

_Poursuivez...

_Brigitte me conseille en ce moment. C'est mon coach. Elle m'a dit de ne pas divorcer de Micheline. Que cela me coûterait trop cher.  Elle m'a proposé de s'en débarrasser.

_Débarrasser?

_Ouais, elle veut foutre de l'arsenic à petite dose tous les jours dans son bol de banania. Il paraît que ça tue a petit feu, et que ce n'est pas identifiable en laboratoire. J'utilise ces termes. Elle a peut-être raison. Je ne peux pas supporter de la voir avec un autre homme.

_Vous parlez d'un meurtre, James. Vous mesurez vos propos ? »

Haussement de sourcils, le Professeur se caresse la barbe en attendant une réaction.

« Je suis pas le seul à en parler ! Brigitte aussi !

_Vous devriez conseiller à votre Brigitte de venir me voir.

_Ce n'est pas MA Brigitte. Je la déteste, elle fouille partout !

_Dites-lui de venir....

_Comme elle fait tout ce que je lui dis, elle va venir... »

Léger rictus du Professeur. Il reprend ses notes pour supprimer les points d'interrogations après Saint Trop'.

«  J'ai l'impression que votre famille a une mauvaise influence sur vous, James.

_Je l'ai toujours dit.

_Vous devriez penser à vous détacher. 

_Je ne suis pas attaché!

_Au sens figuratif...

_Ah! »

James se relève brusquement.

«  Mais détachez de quoi ? 

_Pas de quoi ! De qui James ! De qui ? Voilà la question! »

Le Professeur croise les bras. Il considère son patient au rond bidon.

« Vous vous moquez de moi James...hein ?

_Ben non...

_Vous jouez au con ! Oui ! J'ai compris!

_Ben non... »

James n'en peut plus, il avale une fraise tagada.

« C'est l'heure. Venez me voir demain à 15 heures. On en reparle.

_J'croyais que...

_Ne discutez pas...Venez ! On va travailler intensivement ensemble ces prochaines semaines. Dites-moi Mémé Marcelle, elle touche une bonne retraite ?

_Oui...Elle n'est pas dans le besoin.

_Conseillez lui de venir me voir. Je pense que cela peut l'aider à résoudre ses problèmes avec les hommes.... »

Suffisant, il lui fait signe qu'il peut disposer.

 

Mardi 24 juin 2008
 

Si seul avec toi...

Je suis si seul avec toi,

Situation qui ne s'explique pas,

L'ambivalence d'une relation,

Un sadisme qui s'insuffle en moi.

Ping pong,

Un devoir d'être avec toi...

Si seul,

Bien trop peur d'être trompé,

Je garde l'oeil sur toi...

 

Si seul avec toi...

Je suis si seul avec toi,

Un sanatorium sans fenêtre,

No futur avec toi,

Que tu abandonnes mes bras,

Shut !

Ce sera loin de toi que je serai

Moins seul,

J'essoufflerai d'autres voies,

Déscléroser les parties intimes,

Un mauvais constat : J'étouffe avec toi !

 

Si seul avec toi...

Je suis si seul avec toi,

L'objet de mon combat,

J'ai bien peur que ce soit toi,

Un mensonge que tu expires,

Une insulte à toute une construction,

Déflorer ce qui compte pour moi,

L'égoïste,

Qui se prétend être bourgeois,

Tout cela vole bien bas...

Mardi 17 juin 2008
 

 

Tu es mon fils,

Tu as vieilli,

Que le temps passe vite,

Je n'ai rien vu venir,

J'aurais aimé encore te bercer,

Te donner le sein.

 

Rentre à la maison,

Retrouver la raison,

Rentre à la maison,

Prendre les bonnes décisions.

 

Ne pleure plus mon fils,

Je suis là,

Pour te protéger,

Tu es ma chair,

Le fruit de mes artères,

Aie confiance en ta mère.

 

Rentre à la maison,

Retrouver la raison,

Rentre à la maison,

C'est la meilleure décision...

 

 

Je suis ta mère,

Et j'ai vieilli,

Que le temps est assassin,

Je n'ai rien vu venir,

J'aurais voulu rester attractive,

Leur lécher les reins.

 

Rentre à la maison,

Consoler ma raison,

Rentre à la maison,

C'est ma meilleure décision...

 

Je pleure mon fils,

Je suis seule,

Plus personne ne me conjugue,

Ma chair est flétrie,

Je n'ai plus d'amants,

Suis à l'imparfait.

 

Rentre à la maison,

Consoler ma raison,

Rentre à la maison,

C'est notre meilleure décision...

attachement

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