La nuit est le jour
Ambiance feutrée, « La Nuit est le
jour » rassemble une quarantaine de poèmes écrits la nuit, dans l’intimité d’un appartement parisien. Le temps qui passe, la sensualité, les angoisses, de nombreux thèmes sont abordés avec pudeur
et sincérité. L’univers d’un jeune homme qui se dévoile au fil des mots…
« La nuit est le jour » est en consultation libre...
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Fin de l’entretien, Jean-Pascal, remercie encore, une fois, le recruteur, de l’avoir reçu. Il lui serre la main, et descend les escaliers. 5 étages. Il déboutonne sa chemise. Il retire sa veste. Le jeune homme est dans les beaux quartiers, rue Royale, à Paris. Des consultants fument dans la cour qu’il traverse, il les ignore. Il sort, dans la rue, moteurs qui hurlent à la mort. Il fait chaud, le soleil brille encore. L’été indien, comme on le nomme. Il soupire. Une fois. Deux fois. Trois fois. Ils marchent vers la bouche de métro. Des touristes lèchent les vitrines mondaines.
Ses souliers en cuir lui font mal aux pieds. Il doit traverser un groupe d’américains pour accéder au métro. Il n’en a pas le courage. Il avance, tout droit, vers les Champs Elysées. Il se sent mal. Il repense à son rendez-vous, aux remarques du recruteur. Il est vidé. Contrôle à sa montre :17H30. Il est resté plus de 2 heures à parler, se justifier, à se vendre.
Il s’assoit sur l’herbe. Essaye de téléphoner à son ami, il ne répond pas. A son frère, même échec. Echec, un mot qui raisonne. Il est las. Il cherche son MP3, dans sa poche. Il renonce. Autre échec. Des larmes coulent sur sa joue. Il ne les retient pas. Mains sur le visage, Jean-Pascal se sent, ‘abyssalement’ seul. Prisonnier d’une vie étriquée, dont il est le héros. Une destinée sans lumière. Un précipice. Respirations alourdies par un rythme cardiaque qui s’accélère. Il laisse passer sa peine, sur la plus belle avenue du monde. Il s’essuie les joues, essaye d’effacer ses idées noires de son esprit. Il est encore, jeune, se dit-il, tout est encore possible. Il reprend le chemin, sous les regards, des badauds dubitatifs.
Dans le métro, qui le conduit chez lui, il imagine, un avenir. Son avenir. Il se ressaisit. Il veut garder son identité, sa personnalité. Jean-Pascal, est conscient, que cela ne sera pas facile. La vie n’est pas facile, comme ils disent. Tour d’horizons des autres passagers. L’une est alcoolisée, l’un est sans le sou, l’autre est abîmé. Il essaye de se consoler, se dire que chacun porte sa croix. Mais cela ne suffit pas, complètement.
James est papa ! (9)
Les yeux rivés sur l’écran de télévision, James ne prête aucune attention à Micheline qui allaite les triplettes. Le sein droit pour Amanda, le sein gauche pour Erina, le berceau pour
Elodia.
" _La nature est mal faite, quand même, j’aurais pu avoir une troisième gougoute pour la petite ! "
James ne répond pas, il est concentré sur " Les feux de l’amour ". Elodia hurle de faim. Son père se retourne et dit à sa chère mère.
" _Fais la taire !
_J’peux pas ! J’ai que deux gougoutes , je te dis!
_Oh la la ! Ca va pas être comme ça tous les jours, hein ? Moi, j’aime pas le bruit ! "
James augmente le son de la télévision. Soudain, la porte de la chambre d’hôpital s’ouvre. Mémé Marcelle au rapport. Habillée de son éternel treillis camouflage, la vieille dame aux cheveux bleus, pénètre avec un large sourire. Elle est la grand mère paternelle de James. Du haut de ses 88 printemps, Marcelle Corlier a enterré plus d’un cimetière. Elle pousse un " youyou ! ", puis s’approche de Micheline.
" _Bonjour ma petite ! Je viens embrasser mes arrières petites filles ! "
En regardant les gamines, Marcelle pousse un cri.
" _Ah ! ! ! ! ! ! ! ! !
_Ben qu’est-ce vous avez Mémé Marcelle ? demande Micheline, les seins à l’air.
_Dieu qu’elles sont laides ! Les nourrissons sont souvent moches, mais là, ça dépasse l’entendement ! "
La maman éclate de rire, le papa, dans le même élan, glousse à son tour.
" _Ben mes enfants, vous allez avoir du travail ! En tout cas, je tiens à vous féliciter ! "
Marcelle s’oriente vers son petit-fils. Elle le considère.
" _C’est bien, James, j’ai appris que tu restais au chevet de ta femme, toutes les nuits…
_Ben oui, pensez bien, c’est pour le porno sur le câble ! "
Marcelle toise Micheline sur ses mots, et se précipite sur James pour le baffer.
" _Idiot ! Petit con ! Tu as intérêt de bien t’en occuper de tes saloperies ! Je te préviens, de mon vivant, tu vas te tenir à carreau ! Je veux te voir bosser pour ces petites connasses ! "
James Corlier fait signe qu’il a compris.
Mémé Marcelle est devenue féministe après le décès de son époux. Longtemps brimée par les hommes, elle a pris le taureau par les cornes, pour défendre les droits du sexe faible. Militantes extrémistes, elle ne supporte plus la compagnie des hommes.
Elle le détaille, puis hurle, les mains sur la taille.
" _Mais tu es dégueulasse avec ce pull, regarde, y a des taches partout ! Tu vas laver tes vêtements, plus souvent , petit cradingue !
_Oui, mémé !
_Et puis tu vas me couper les poils qui dépassent de ton nez !
_Oui, mémé !
_Et maigris un peu, t’es gros comme un cochon !
_Oui, mémé ! "
Marcelle Corlier baffe à nouveau James, avant de s’asseoir sur un fauteuil prés du lit. Elle soupire, en regardant Elodia dans son berceau.
" _Comme si une ne suffisait pas…Bon Dieu ! Trois…par chance, ils ont une grand mère spécialisée dans la chirurgie esthétique, elles pourront lui demander des conseils. Faut espérer qu’elles soient pas trop cons…Hein ?
_Ouais Mémé ! dit James en regardant John Abbot sauver Catherine Chancellor des flammes.
_Comment va la Joconde ? "
Marcelle Corlier appelle sa belle-fille, la Joconde, parce qu’elle est selon elle, en perpétuel rénovation.
" _Bien, elle revient aujourd’hui de son voyage de noce avec Henerail.
_Avec le nain de jardin ! Bon Dieu de merde ! Elle n’a jamais eu aucun goût cette pucelle ! Déjà se marier avec mon fils fut une erreur grossière, mais là, avec ce petit roquet aux allures de mafioso, je dis NON !"
Marcelle se gratte les sourcils broussailleux, avant de bailler.
" _Gaby devrait pas tarder. Il vient me chercher, on va aller coller des affiches pour l’association des chiennes en mutation. "
Micheline, la peau pleine de pustules, gémit,
" _J’ai mal à la foufounette… "
Marcelle la dévisage.
" Ben oui, ma grosse, tu as mis 3 mioches au monde, tu crois pas que tu vas t’en sortir comme une fleur à la rosée ! Moi, j’avais plein de vergetures et ils ont dû m’arracher les dents ! En tout cas, tu devrais pas allaiter ! Ces bestioles vont t’abîmer les nichons ! Regarde comme ils pendent ! "
Micheline se met à pleurer.
" _T’es trop sensible mon poussin " essaye t-elle de la consoler
_J’pleure pas pour ça ! Mes seins ont toujours été mous.
_Ben pourquoi tu pleures ?
_J’ai faim ! ! ! ! ! ! ! !C’est pas bon ici, je veux du Mac Do !
La militante se redresse de son siège, pour s’adresser à James.
" _Lève ton gros cul et va lui chercher des frites ! Allez ! "
James ronchonne, mais exécute. Il craint sa grand mère.
" _Et puis toi, arrête de pleurer ! On dirait une baleine échouée sur la plage ! "
Soudain, Mémé Marcelle voit le visage de sa belle fille sur l’écran de télévision.
" _Regardez c’est la Joconde dans un aéroport ! "
Les trois protagonistes regardent médusés le flash spécial. Le présentateur du journal explique.
" _Une Française, a été soupçonné, d’avoir voulu faire exploser un avion américain. Son comportement suspect a inquiété les hôtesses de l’air qui en fouillant son sac à main, ont trouvé des objets chimiques. La sexagénaire qui était, selon l’équipage, très stressée, s ‘est énervée contre le personnel de vol. L’avion a été neutralisé, au sol, avant son décollage. La passagère, que vous voyez en pleine crise de nerf, a été conduite dans un centre antiterroriste pour subir un interrogatoire. Après vérification, il s’agissait seulement, selon la police, de simples produits esthétiques, à consommation personnelle. Des piqûres de collagène et autres substituts. La passagère venait de subir un lifting, ce qui peut expliquer son air étrange. Elle a été relâché… "
Mémé Marcelle éclate de rire.
" _Relachée, si on veut!! Elle est tirée de partout la Joconde! Vous avez vu sa tête d’ahurie ! Le monde entier a assisté à ce spectacle ! Et en plus ils ont dit son âge ! Ah la la ! Elle va être folle ! "
James planté devant l’entrée n’en croit pas ses yeux. Mémé Marcelle se lève et peste contre lui.
" Allez crétin, va chercher ses frites, et prend moi un Big Mac ! J’ai la dalle ! "
La promotion de James. (10)
Le petit homme au rond bidon quitte sa réception, il est convoqué chez son patron, et nouveau beau-père, monsieur Henri. Dans le corridor, il pense aux seins de Christiane. Depuis l’accident de voiture, Miss Lolo n’est plus tout à fait la même. Elle est comme habitée par des forces intérieures. Elle inquiète d’ailleurs tout le personnel du supermarché. Il en entendu, hier soir, en faisant ses courses, une caissière en parler à une cliente. Elle disait que sa collègue avait des visions mystiques. Il songe, il se dit que c’est dommage, qu’elle n’ait pas des visions érotiques. Il pourrait ainsi, la soulager.
James tapote à la porte, puis pénètre dans la réserve intouchable du propriétaire de l’hôtel.
Henri lui fait signe de le rejoindre, d’un signe de la main. Derrière son imposant bureau en bois, qui le dissimule, on le voit à peine. Il se redresse, et lui prit de s’asseoir. Une lampe éblouit, James. Nerveux, il n’ose pas parler.
" _Comment vas-tu ?
_Bien monsieur Henri.
_Je t’ai déjà dit de m’appeler Henri quand on est en famille ! Et les petites, elles vont bien ?
_Oui, un peu bruyantes quand même. "
L’effet Gina Corlier est nettement remarquable sur le patron. Les cheveux noirs, les sourcils épilés, les rides effacées, Hainerail, a perdu, dix ans, en un mariage. Si ce n’est plus. Il a commencé les implants capillaires, ce qui le rend très irritable.
Il caresse de ses mains poilus, ses dossiers, puis il considère attentivement son beau-fils.
" _Si je t’ai fait venir, c’est pour une bonne raison. J’ai décidé, en consultation avec ta mère, de te promouvoir. Il est temps que tu fasses vivre correctement, ta famille… "
James ne répond pas. Il ne porte pas dans son cœur, cet homme étrange aux pratiques douteuses.
Henri appuie sur le bouton de son interphone, et demande à une personne de venir. Le réceptionniste entend les chiens aboyer. Il sait qui va rentrer. Il s’enfonce dans la chaise, terrifié. Une femme d’une quarantaine d’année, en tailleur gris souris, fait son apparition, accompagnée de deux énormes dobermans. Les chiens pestent comme des acharnés sur James, Henri est obligé de les faire taire. La femme, raide comme un piquet, se place à côté du patron. Le front de James perle de sueur. Il est mort de trouille devant cette créature coiffée au bol. Cette femme est Brigitte, la fille d’Henri. Les salariés la nomment Brigitte Gestapo, et ce n’est pas pour rien…Les nazis seraient même des enfants de cœur comparaient à elle. Elle est le bras droit de son père, son œil de Moscou. Elle surveille tout, et répète tout. Son strabisme est une force inconsidérable, personne ne peut savoir ce qu’elle regarde. James suppose qu’elle l’observe à cet instant, mais il en n’est pas certain.
" _Ma chère Brigitte, comme tu le sais, est la numéro 2 de l’hôtel. Elle la meilleure gestionnaire au monde. Grâce à elle, les profits ne cessent d’augmenter. Elle est mon petit écureuil "
Brigitte est une radine, qui râle pour tout. Elle a refusé de fournir du papier toilettes pour les employés . Elle a contrainte les anciennes femmes de ménage à démissionner, pour prendre des smicardes. Pas de pitié, jamais. Elle impose ses règles, sa loi ! On ne compte plus les salariés qu’elle a fait pleurer. Même Micheline, durant son court passage, s’est brûlée à sa tyrannie.
" _J’ai décidé que tu allais devenir mon numéro 3. Après mon tendre beefsteak, bien entendu. "
Brigitte Gestapo tourne la tête vers son paternel, conquérante.
" _C’est elle qui va te former à nos méthodes. "
Un léger plissement de lèvre, sur la bouche du Terminator, comme un soldat, elle est prête à dégainer.
James d’une voix cassante, essaye de sauver son poste.
" _C’est à dire que moi, ma réception, je l’aime bien… "
Et là, d’un coup de règle sur le bureau, Brigitte interrompt James. Même Hainerail sursaute.
D’une voix grave, et monocorde, la mante religieuse aux cernes noirs, dit
" _Assez ! Il est temps que tu deviennes un leader ! Tu vas arrêter de mater les sites pornos et de draguer les femmes de chambre. Tu vas devenir un des nôtres, puisque père à épousé ta mère ! Finis la récréation, tu rentres dans la cour des grands ! "
Henri plisse la bouche, il est fier de sa progéniture. Elle est certes austère, et un rien, agressive, mais elle travaille comme cinq. Elle est le bulldozer qui abat les murs, et tue les ennemis. Il peut voyager en toute confiance, avec sa petite Ginette, Bibi s’occupe de tout !
Elle reprend, en tournant autour de lui, comme un maton face à son prisonnier.
" _Je vais te faire maigrir. Tu vas apprendre à parler. Je serai ton mentor. "
Brigitte, dans son for intérieur, regrette amèrement que James se soit marié avec la rouquine aux airs de campagnarde. Elle a toujours été secrètement amoureuse de ses petits bourrelets. Elle remercie Dieu, de lui confier cette mission providentielle. Rester 8 heures par jour, avec lui, rien que du bonheur, encore plus jouissif que de maltraiter le personnel. Et puis qui aime bien, châtie bien !
James se retient pour ne pas vider sa vessie sur le parquet. Les chiens le reniflent à l’entrejambe. Il est mort de peur.
" _Très bien, tu commences dès demain ! Prépare tes cartons, tu t’installes dans le bureau de Brigitte. Vous êtes, dès maintenant, mon équipe ! "
Il lui fait signe qu’il peut partir. James contourne Brigitte Gestapo, qui retient ses chiens pour qu’ils ne le dévorent pas. Il n’ose affronter son regard bifurquant. Avant qu’il ne parte, son beau-père lui crie :
" _Ne me remercie pas, c’est bien normal, ton papa peut bien faire ça ! "
James en campagne (11)
Vendredi soir, cellule de crise à l’hôtel. Autour d’une table, Henri préside un petit comité composé de son épouse et de sa fille. L’heure est grave, les sourcils froncés, il s’exclame.
" _Avec ces conneries, ce con va nous foutre sur la paille ! "
Gina Corlier soupire, en regardant encore une fois de plus, le tract. Sur le papier, James en photographie accompagné d’une pulpeuse blonde en tunique rouge. Elle baisse la tête, tout en caressant nerveusement son caniche Perle. Elle feinte la tristesse pour apaiser son mari.
" _Je ne comprends pas…il n’a jamais aimé la politique ! Son père doit se retourner dans sa tombe, lui compagnon du Général… "
Henri pousse un cri qui fait sursauter sa fille. Pourtant Brigitte n’est pas du genre à être surprise. Elle retient tant bien que mal, ses dobermans, qui veulent dévorer tout cru la petite Perle. Les bras tendus, tirant sur les laisses elle écoute son père poursuivre son sermon.
" _Dans le commerce, on ne fait pas de politique ! On doit le neutraliser ! Un député vert dans la famille, c’est impossible ! Nous allons perdre tous nos clients de l’hôtel ! Nos fournisseurs vont nous mettre sur une black liste ! On va devenir persona non grata !"
Regard menaçant envers sa fille, qui dans son petit tailleur gris en laine ne mouche pas.
" _Brigitte, tu devais garder un œil sur ce crétin ! Tu as échoué ! "
Aucune réponse. La matonne au strabisme sait qu’elle n’a pas été brillante, elle n’a même pas été capable de lui faire perdre un gramme. Secrètement, son cœur fond encore plus pour lui depuis son engagement politique. Gina sort de son petit sac rose, une bombe de déodorant. Elle en pulvérise autour d’elle.
" _L’odeur des chiens me rend nauséeuse…."
Brigitte Gestapo montre les crocs. La matonne d’une voix d’outre-tombe s’adresse uniquement à son père.
" _Le parti écologiste n’en revient pas. Il l’ont parachuté dans la circonscription pour présenter un candidat. Jamais il n’aurait pensé qu’il aurait fait un tel score ! Jamais !
_En ballottage favorable au premier tour avec comme suppléante, une caissière bouddhiste aux gros seins, de qui se moque t-on ? C’est une hérésie ! Les Français n’ont rien dans le ciboulot ! "
Henri tape le poing sur la table.
" _Je vais m’en occuper de ce trou du cul ! Vous allez voir de quel doigt, je me chauffe ! "
Gina serre plus fort sa chienne contre elle. Elle songe. Jamais elle n’aurait imaginé un avenir politique à son fils. Sur la photo, elle le trouve beau dans son petit costume de chez Kiabi. Au fond d’elle même, la maman aimerait bien que sa progéniture soit élue. Cela voudrait dire qu’elle n’a pas complètement échoué dans son éducation.
" _Brigitte, tu dois le neutraliser ! Les affaires sont déjà moroses ! "
La porte de la salle de réunion s’ouvre sur ces mots. Une crinière flamboyante apparait. Micheline fait signe à sa belle-mère. Elle n’ose s’avancer davantage. Elle craint les chiens.
" _Il manquait plus qu’elle ! Ronald MacDonald ! " songe Brigitte, qui dévisage sa rivale. Elle la trouve encore plus graisseuse que jamais. Elle aimerait lâcher ses chiens pour qu’ils la dévorent.
" _Ou est ton époux ? " hurle Henri.
Micheline piétine. Elle répond timidement.
" _Il est avec mémé Marcelle et cousin Gaby. Ils distribuent des tracts au centre commercial. Il ne veut pas que je vienne, il dit que je suis pas assez représentative.
_Bon Dieu de merde !
_Oui Henrail, j’ai mis mon jogging vert pour tracter, mais il ne veut rien savoir… "
Le patron lève les yeux, en plein désarroi.
" _D’après les statistiques, James est bien parti pour remporter la victoire ! Il sera l’un des seuls députés écolo !"
Apitoiement, Henri cache son visage sous ses mains. Il a envie de pleurer. Un pas en avant, Micheline ose affronter l’assemblée.
" _Je vais aller militer devant le Mac Donald. J’ai tout apporté avec moi ! Les tracts, les autocollants, les pin’s et les banderoles !"
Elle sort une, qu’elle brandit fièrement: ‘Votez James Corlier pour un monde sans déchet !’
" _Qui m’accompagne ? " demande t-elle.
Long silence. Gina se lève.
" _Je ne peux pas laisser mon fils, seul dans cette bataille. Une mère se doit de…de…combattre avec lui !"
Henri n’en croit pas ses yeux, Brigitte se lève également.
" _Pour une fois, Ginette a raison. Si James est élu député, on aura toutes les autorisations que l’on souhaite ! Imagine une immense terrasse devant notre hôtel avec une fontaine ! Il faut penser stratégie, père. Stratégie !"
Henri observe le cortège s’en aller. Les yeux au ciel, il joint les mains pour prier.
" _Faites que ce crétin ne soit pas élu !"
James à la fête foraine (12)
Bras dessus, bras dessous, James et son épouse avancent doucement dans la foule de la fête foraine. Entre la musique, et les cris d’exaltation, difficile de se détendre. Pourtant Micheline parvient à oublier les tracas du quotidien.
" _C’est une bonne idée de sortir ainsi tous les deux…en amoureux…sans les filles, et la famille…
_Ouais.
_J’ai l’impression de revivre…loin de ta mère et de Henrail.
_Ouais.
_Il va falloir renouveler l’expérience.
_Ouais."
Peu convaincu, le petit homme au bidon rond semble ailleurs. Il est usé par sa semaine. Il serait bien resté devant la T.V à regarder les femmes désespérées de M6. Il songe à ce qu’il va pouvoir se mettre dans le ventre, un bon hot dog ou des croustillons.
" _J’ai envie de monter dans le train fantôme ! "
Micheline cesse de marcher. Elle désigne du doigt le manége. James grimace, il se voit collé à son corps, lui hurlant aux oreilles.
" _Non Micheline. La dernière fois, tu as tapé le garçon déguisé en mort vivant.
_C’était de l’autodéfense !
_Et puis des horreurs, j’en vois tous les jours !"
Ironie qui ne fait rire que James, Micheline n’insiste pas. Ils poursuivent leur chemin. Bien entendu, ils s’arrêtent devant les délices de la fête.
" _T’as envie de quoi ?
_D’un hamburger chez Mac Do ! "
James hausse les épaules. Il n’en peut plus.
" _Tu peux pas penser à autre chose qu’à ton fichu Mac Do !
_Euh…
_Prends une pomme d’amour ! C’est bien pour l’occasion. "
Elle accepte le fruit défendu qu’elle dévore en quelques minutes.
" _J’ai mal aux dents !
_T’as qu’a manger moins vite ! "
James s’écarte de sa moitié, il veut garder ses croustillons pour lui tout seul.
" _Donne m’en un !
_Non ! Chacun son dessert !
_Egoïste !
_J’en ai marre ! Tu manges toujours plus vite que moi ! "
Sauvez par le gong, le palais des glaces séduit la rouquine.
" _Allez James ! Je veux y aller !
_Non ! C’est trop dangereux, tu peux te péter ton nez ! Et franchement, ce serait dommage d’abîmer si belle protubérance !"
Faux argument, James craint surtout de voir le reflet de sa femme en multiples exemplaires. Elle rougit avant de blêmir en entendant ses mots..
" _Je vais dans le grand 8 ! Je veux m’éclater !
_J’aime pas.
_Normal, c’est un truc de mec…j’y vais seul, toi, tu vas pisser dans ton froc !
_Tu viens de manger, tu vas être malade…
_C’est mon problème. On se retrouve un peu plus tard si tu veux…"
Micheline frissonne sous son jogging Adidas. Elle veut impressionner son époux, non, elle n’est pas une trouillarde comme il le dit.
" _Je viens avec toi ! "
James ricane. Il lui prend la main pour aller plus vite. Sur la route, il s’arrête devant le stand de tir. Une foule observe une femme rigide avec une mitraillette qui dégomme toutes les cibles. Micheline la reconnaît de suite. Elle a comme le sentiment que la demi sœur de son époux s’arrange pour se retrouver au même endroit qu’eux.
"_Comme par hasard, elle est là cette punaise ! Pour une fois qu’elle n’est pas accompagnée de ses clébards ! "
James la salue, elle est fier de connaître si bonne tireuse.
" _Tu nous accompagnes au grand 8 ? "
Brigitte toise sa rivale avant de dire.
" _Si tu veux des frissons, essaye la catapulte. "
Les jambes de Micheline tanguent. La catapulte est l’attraction la plus sensationnelle de toute la foire. Elle propulse deux personnes à toute vitesse dans les airs. Madame Corlier riposte.
" _Attends, c’est dangereux…Nous sommes parents…Nous avons des responsabilités…Dans l’émission de…
_Tout est sous contrôle " lui répond t-elle.
" _Je ne veux pas que mes filles soient orphelines !
_Et bien j’y vais avec James. Tu nous attends… "
Micheline a envie d’étrangler la matonne. Elle veut être un modèle pour son époux ; un exemple.
Accélération du rythme cardiaque, Micheline scrute la guillotine. Elle a envie de vomir.
Devant le manége, Micheline se sent de plus en plus mal.
" _Ecoute James, je crois que je ne peux pas le faire…C’est trop dangereux…Imagine si…
_Arrête ! Tu vas nous porter la poisse ! Attends nous là, on revient !"
Brigitte éclate de rire, elle a écrasé sa rivale.
A la caisse, Brigitte et James font face à un refus.
" _Interdit aux obèses, désolée ! "
Discrimination, James est déçu, il est prêt à riposter quand soudain une vengeance perfide lui monte à l’esprit. Il entend son épouse au loin.
" _Attendez ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !Attendez! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! Je veux la faire cette attraction. "
Il désigne son épouse du doigt à la foraine.
" _Et elle, elle peut monter ? "
Acceptation, James achète deux places
" _Allez-y entre femmes ! "
Brigitte semble écœurée de se retrouver assise à côté de Micheline alors qu’elle aurait pu se serrer contre le corps moelleux de son tendre James.
Compte à rebours, les deux piégées sont assises dans la bulle. L’une est sur l’autre.
" _3, 2, 1…..0 ! "
Et c’est avec joie, que James Corlier contemple son épouse et sa demi sœur monter au ciel ensemble.
" Identités " se présente sous forme de dialogues, c’est une lente et profonde descente en enfer…
Tonton A.
_Assieds-toi, je t’en prie. Joli cadre, n’est-ce pas ? J’adore ce lieu. Comment vas-tu ?
_Je vais bien.
_ Tu ressembles de plus en plus à ta mère. Quand je te vois, je regrette amèrement qu’elle ait choisi ton père. Tu aurais pu être mon fils. J’aurais été fier. Comment va-t-elle ?
_ Elle va bien.
_Elle me manque. Je n’ose pas l’appeler. Elle est la seule femme que j’ai aimé.
_Voyons, tu n’as jamais aimé personne. A part toi même, bien sur.
_Tu as hérité du cynisme de ton père en tout cas. Tu as quel âge à présent ? 24 ?
_Non, 26.
_Ça passe vite. Pas besoin de sourire ainsi.
_Je souris, si je veux.
_Bien entendu. Mais à ton âge, j’étais moins arrogant. Plus respectueux des anciens.
_Tu ne m’a pas fixé rendez-vous dans le bar du Georges V pour me faire la moral, tu…
_Tu aurais pu faire un effort vestimentaire, d’ailleurs. Ton air négligé, un autre cadeau de ton père.
_Le but ?
_Le but ?
_De ce putain d’entretien. Viens aux faits. Je n’ai pas de temps à perdre.
_J’aimerais que tu me rendes un petit service.
_En quel honneur ?
_En l’honneur des 8 000 euros que je t’ai prêté.
_Je te les ai largement remboursés. Avec les intérêts.
_C’est à moi d’en juger. Après ce coup, on sera quitte, toi et moi. Tu peux bien, faire ça, à tonton A.
_Tu me dégoûtes.
_Moi aussi, je me dégoûte.
_Le deal ?
_Tu vois cette femme sur la photo. J’aimerais que tu la séduises. Et que tu l’amènes dans une chambre d’hôtel. Elle aime les petits jeunes dans ton genre. Ce sera assez facile. Elle est plutôt libertine. Tout est inscrit sur le papier. Son nom, le lieu du rendez-vous, l’hôtel.
_Tu as choisie la plus moche.
_Je te demande pas de la baiser. Juste de trinquer avec elle. Dans la chambre, tu ajoutes ce petit cachet effervescent dans sa coupe de champagne. Elle tombera raide.
_Rien d’autres ?
_Non, je m’occupe de la suite.
_Quelle suite ?
_C’est mon problème.
_Qui est-ce, cette femme?
_ Pose pas trop de questions. Moins tu en sais, mieux c’est…
_Je t’emmerde.
_ Tu ferais mieux de te la fermer. Tu peux avoir besoin de moi. Je connais bien G.O. , il pourra t’aider à publier ton roman.
_Je n’ai pas besoin de toi.
_J’en suis pas si sûr.
_Tiens un peu de blé. Achète toi des fringues. Un costume. Et bouffe un peu. T’es trop mince.
_T’es qu’un connard.
_Ce sera un jeu d’enfant pour toi.
_Va te faire foutre.
_Bonne soirée mon petit.
Madame D.
_Ouvrons cette bouteille de champagne…
_Non, je n’en veux pas, viens, approche-toi de moi…
_Ne sois pas si impatiente…Trinquons…
_Ne l’ouvre pas, je suis déjà assez saoule comme ça ! Allez viens !
_Juste un verre…
_Non…Sans façon…
_Allez…
_Non
_J’en ai envie.
_Je te dis non.
_Pour avoir la pêche.
_NON !
_OK…
_J’ai envie de toi…Déshabille-toi…Ta peau est douce…
_Attends, je dois passer aux toilettes…
_Dépêche-toi…Je me mets à l’aise en t'attendant…
_Allo ? C’est moi, elle ne veut pas boire….
_Quoi ?
_J’ai beau insister, rien à faire…
_Tu me déçois, tu m’as habitué à mieux…
_Elle n’est pas maniable…Je fais quoi ?
_Assomme-là.
_Plaisantes-tu ?
_Non. Fais vite ! Le temps est compté !
_Allo ?Allo ? Enfoiré !
_Pardonne-moi…
_Tu parlais à quelqu’un…
_Non.
_Si. A qui ?
_A personne.
_Ne te moque pas de moi. Sais-tu qui je suis ?
_Non.
_Je suis Madame D., épouse de D.
_Tu rigoles, là ?
_J’ai une tête à plaisanter ?
_Non.
_Qui était-ce ?
_Ma fiancée…
_Oh, c’est si pas mignon…D’être si attentionné…Allez enlève moi ce smoking…
_Buvons un verre.
_Tu es lourd, là…
_Tu n’as pas envie de me faire plaisir…
_Pas avec de l’alcool…Je veux tout contrôler. J’ai une réputation à défendre…hi.. hi…Allez mon mignon, montre-moi de quoi tu es capable…
_Comme tu veux…
_Attends…On ne s’est pas compris, toi et moi…je ne suis pas une fan d’objet...Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !
_Allo ?
_Ouais.
_Travail accompli. Elle saigne un peu, fais vite.
_You’re the best.Tonton A. est fier de toi... File maintenant. Et te fais pas remarquer.
_Ok.
Chanteur X.
_Belle montre.
_Merci.
_Ca rapporte de faire joujou avec les vieilles dames .
_Pardon ?
_Je vous ai vu à l’hôtel, sortir de la chambre de Madame D., je me doutais bien qu’il y avait un truc de pas très catholique en voyant votre air. Mais de là à ce que vous la tuez.
_Vous faites erreur.
_Prends-moi pour un demeuré ! Tu avais la chemise plein de sang!
_Je ne l’ai pas tuée. Parlez-moi fort.
_Je veux du fric. Sinon je vous balance aux flics.
_Je n’ai pas d’argent.
_D’emmerde-toi. Je veux 25 000 en liquide, pour ce soir.
_Impossible. Pour demain.
_OK pour demain. Je t’appelle. Fais pas le con, je te préviens.
_A. ?
_Ouais ?
_On me fait chanter. Un mec m’a vu sortir de l’hôtel. Il menace d’aller voir les flics. Il veut de l’argent.
_Tu t’en débarrasses.
_On peut, peut-être, lui faire peur, c’est un pauvre mec, qui joue aux cow-boys.
_Bute-le, c’est plus rassurant.
_Ecoute, je ne suis pas un tueur.
_(rires)
_Je n’ai pas voulu la tuer ! Tout ça, c’est de ta faute !
_Tu n’avais qu’a frapper moins fort ! La pauvre, elle était toute froide à mon arrivée ! Tu m’as bien facilité le travail. Je te remercie en attendant…
_Je plonge, tu plonges…
_Calme-toi, règle cette affaire au plus vite. Viens chercher un flingue chez-moi.
_On doit se voir demain.
_Passe ce soir, alors. Je te donnerai des conseils pour ne pas le louper.
_Ok.
_J’ai fait comme vous m’avez dit. L’argent est dans le sac.
_Lance-le vers moi.
_Tenez...
_C’est un commencement. Je reviendrai te voir quand je serai à sec !
_On ne vous a jamais dit qu’il ne fallait pas jouer avec plus fort que soi ?
_Quoi ? Mais y a pas de fric dans ce sac !
_Et regarde!
_Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh………………….en…foi…ré….
L.
_Bonjour mon petit, entre.
_Je suis venu te rendre ton arme.
_Alors cette histoire est résolue ?
_Oui.
_Tu as été discret, personne ne t’as vu ?
_Non, je ne pense pas.
_Il ne faut pas penser, il faut être certain.
_J’en suis certain.
_C’est bien. Bon travail ! Pour la prochaine fois, il faudra être plus vigilant.
_Voyons A., il n’y aura pas de prochaine fois…
_Il y aura forcement une prochaine fois, avec tout ce que je sais sur toi, mon petit L.
_…
_Cesse de rire, et installe-toi. Je finis de compter des billets, et je suis à toi.
_Tu devrais être plus vigilant, toi aussi, laissez autant de fric chez toi, et devant mes yeux..
_Voyons j’ai confiance en toi. Tu es bon, toi, pas comme moi !
_…
_Tu aimes rire, ta jeunesse, sans doute, tu verras, avec le temps, on rit moins. On devient plus sérieux.
_…
_Fous toi de ma tronche…Vas-y, pourtant avec ce que tu as fait, tu ferais mieux de te la fermer !
_Ce que j’ai fait est de ta faute !
_Hé ! Lâche mon bras!
_Tu sais, A., tu me fais gerber.
_Qu’est-ce qui te prends ? Tu joues les coqs ? Ne recommence jamais ça, sale pucelle, où je te troue le crâne.
_Tu n’en auras pas le temps…
_Ah bon, tu comptes m’abandonner ? Un vol sous les cocotiers ?
_Non, un vol direct vers l’enfer. J’ai mis le billet à ton nom.
_Ah…mais qu’est ce tu as fait ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ahhhhhhh
_Adieu Tonton A., à jamais…
_Je je te voyais comme un fils…
-Et bien, console-toi, ton fils va hériter de tout ton oseille…
_Tu essssss unnnnnnnnnn….
_Hasta luego, gros connard !
_Allo V., c’est moi, c’est fini, tu peux venir, j’aurais besoin de toi pour porter les sacs…On va bien s’éclater au soleil, je te raconte pas, y a du fric pour plusieurs générations ! Et…
_POLICE ! Les mains en l’air, on ne bouge pas !
