La nuit est le jour
Ambiance feutrée, « La Nuit est le
jour » rassemble une quarantaine de poèmes écrits la nuit, dans l’intimité d’un appartement parisien. Le temps qui passe, la sensualité, les angoisses, de nombreux thèmes sont abordés avec pudeur
et sincérité. L’univers d’un jeune homme qui se dévoile au fil des mots…
« La nuit est le jour » est en consultation libre...
http://catieau.free.fr/
Pour vous, en exclusivité, la première photo du court metrage "à nos âges..."
de Pascale Zimman, avec Lisa Livane
Je vous en parle prochainement...
Photo : Nicolas Lecoq
Première partie: http://styx-on-the-moon.over-blog.com/article-16636512.html
On m'avait dit que d'être reçu à Saint-Supplice relevait d'un miracle. Qu'elle m'invite de sa propre initiative m'interrogeait sur ses véritables motivations. Elle
était plutôt du genre à entretenir le secret, à tout vouloir contrôler. Me faire pénétrer dans son univers s'avérait de l'ordre d'un suicide, ou quelque chose de semblable pour son image. Il y
avait bien une raison à tout cela. Un but.
Je suis arrivé en retard. Chacun son tour. 3 codes, 3 portes, deux escaliers, un ascenseur. Une véritable forteresse. Dernier étage d'un immeuble de standing. Un perchoir pour un oiseau siffleur. C'est son secrétaire qui m'a ouvert. J'ai pris les devants :
« Pas d'appareil photo, ni de téléphone, je sais...merci. »
D'un long couloir sombre, je suis passé à une pièce extrêmement lumineuse. Un immense séjour avec une imposante verrière. Explosion des yeux. Une vue imprenable sur l'église. Une vue divine, rare, précieuse.
A peine le temps de me remettre de ce spectacle qu'elle était déjà derrière moi à me caresser l'épaule. Je ne l'avais pas entendue.
« Ils sont tous émerveillés la première fois. Je vous promets que l'on s'y habitue vite. On finit même par l'oublier... »
Par un mouvement de bras ferme, Catherine m'orienta vers un canapé en cuir. Je ne sentais que son parfum. Entêtant.
« Avez-vous mon carnet ? »
Je le sortis d'une pochette en plastique et me retourna pour le lui rendre. Premier regard sur sa personne. Elle semblait triste. Léger malaise. Elle attrapa rapidement l'objet, et s'orienta vers la fenêtre. Pour mieux me tourner le dos.
« Asseyez-vous, je vous prie. »
En toute impunité, je scrutais le lieu. Mes préjugés tombaient à l'eau tel un navire en pleine tempête. Une décoration sobre, assez métallique, un mobilier moderne. Peu d'objets, des tableaux de Soulages sur les murs. Surprenant constat, aucune représentation à son effigie. Pas même une photographie. Un intérieur masculin. On pourrait pu penser qu'un homme résidait dans cette garçonnière minimale et anonyme. Elle se retourna et me glissa un léger sourire.
« Je savais que vous ne pourrez vous empêcher de détailler mon appartement. Ils font tous cela...
_Je n'échappe pas au commun des mortels... »
Elle baissa les yeux au sol. Elle était vêtue d'une robe noire, ample, pour cacher sa silhouette. Elle avait pris encore du poids, incontestablement. Catherine semblait à des kilomètres des mondanités dont elle m'avait habitué. Un maquillage léger, un cheveu rebelle. Les pieds nus.
« Cet appartement est une prison. Je ne parviens pas à le vendre. Trop de souvenirs. Il faudrait qu'un jour, je m'en débarrasse...Pour un de mes enfants peut-être... »
Elle s'approcha à contre-jour.
« Vous êtes cernés. » me dit-elle en s'installant à côté de moi.
« Je suis fatigué. Je bosse comme un dingue. Le journal m'en demande toujours plus.
_J'ai lu votre dernier article. Vous ne l'avez pas loupée...Je sais ce qu'il m'attend...Je suis prévenue... »
Le cuir craqua. Elle attrapa son paquet de cigarette avant de le reposer sur la table basse.
« Je vais être polie, je ne vais pas fumer devant vous....»
Le carnet était à présent sur ses genoux. Elle me le désigna du doigt. J'ai toujours été séduit par ces ongles. Toujours soignés, toujours vernis. Ces mains, en revanche...Elle remarqua mon attention. Elle les dissimula sous le tissu de sa robe.
« C'était une erreur que de vous le confier. Je ne sais pas ce qu'il m'a pris...J'espère que vous en avez fait aucune copie...»
Elle examina ma réaction. Je tentais de rester neutre. Je répondis sèchement.
«Non. Bien sur que non.
_Je vous fait trop confiance.
_Trop confiance pour m'inviter chez-vous ?
_Sans aucun doute.
_Pourquoi l'avoir fait ?
_Je voulais vous avoir rien que pour moi ! »
Elle ricana avant de me déclarer.
«Vous vous posez trop de questions... Prenez les choses comme elles viennent...»
Silence. Elle reprit d'un ton moins journalistique.
« Je n'ai rien bu depuis trois semaines...un record...je ne sors plus pour ne pas être tentée...et j'évite les mauvaises compagnies...Ceux qui aiment me voir un verre dans le nez, ceux qui ne m'aiment que alcoolisée... »
Elle s'enfonça dans le canapé. Elle me considéra. Je baissais les yeux, comme un enfant pris en train de faire une bêtise.
« Qu'avez vous pensé de ma mère?
_Je comprends mieux qui vous êtes en l'ayant lu. Ce n'était pas une erreur.
_J'aimerais votre avis sur sa personnalité, pas sur la mienne.
_Ce que j'ai découvert ma surpris...Son secret...Je ne m'y attendais pas...
_Les adjectifs que vous lui attribueriez? »
Cette impression encore d'être en face d'une institutrice. J'exécutai. Je lui dis ce qui me vient en premier à l'esprit. Sans filtre.
« Une battante, une courageuse, une égoïste, une sournoise, une amoureuse, une suffisante, une... »
Elle me fit signe de me taire, elle se leva, et repartit vers la fenêtre. Un long silence couvrit le bruit de ses pas. Les rayons du soleil de midi commençaient à traverser les carreaux. Elle soupira.
« Je lui ressemble beaucoup trop. Tous ces adjectifs pourraient m'être donnés.
_A toutes les femmes, non ? »
Elle se retourna, et me fixa.
« Vous et votre vision des femmes... »
Elle plaça une main dans sa chevelure avant de me dire.
« Êtes vous libre ce week-end ? »
J'hésitais.
« Oui ou non. » dit-elle impatiente.
« Oui...je crois que oui...
_Très bien, préparez vos bagages. Vous partez avec moi. Je dois vous présenter à quelqu'un.
_Où? »
Elle haussa les sourcils.
« Vous devriez plutôt me demander qui !
_Qui alors ?
_Vous vous posez trop de questions, je vous ai dit. Vous verrez bien... »
Elle revient dans ma direction pour prendre son paquet de cigarette. Cette fois ci, elle en alluma une. En expirant la fumée, elle me dit d'un ton suffisant.
« Ne faites pas cette tête.... On a l'impression que vous allez passer à l'échafaud...Allez-y ! Je vous attends à 20 heures, ici. Soyez à l'heure! Ça changera.»
Elle me fit signe que je pouvais disposer tout en expirant la fumée vers le plafond.
D'exaltation en hallucination,
De paranoïa en pugilat,
Je tournoyais sous les draps,
L'oreiller contre les tympans,
Il fallait étouffer les cris...
Le placard vrombissait,
Comme s'il allait l'avaler,
Je le voyais danser,
Comme un damné,
Il aurait pu la tuer,
Ma pauvre poupée...
La voir toute désarticulée,
Sur les lames du plancher,
Mais que lui a t-il donc fait,
Cul de jatte,
Elle a perdu de sa beauté,
Tant de gâchis pour une si courte vie...
Pauvre poupée écoute les pas dans les escaliers,
Il vient encore te chercher,
Écoute ces pas se rapprocher,
Qu'ils sont lourds dans l'escalier,
Va te cacher...
Dans le placard, je l'entendais la toucher,
Elle pouvait crier, ma pauvre poupée,
Personne ne réagissait,
La nuit, tous les chats sont gris,
Je l'entendais la toucher,
J'aurais aimé participer...
Aux effleurements, ces muscles se contractaient,
Le grain de peau s'asphyxiaient,
Pauvre poupée, te voir toute abîmée,
Me fait dire que la vie ne t'a pas épargnée,
Borne,
Couverte de souillure,
Les bras t'en tombent...
Pauvre poupée écoute les pas dans les escaliers,
Il vient encore te chercher,
Écoute ces pas se rapprocher,
Qu'ils sont lourds dans l'escalier,
Va te cacher...
