« On a voulu être sympathique, on a acheté des tulipes, ma femme m'a déguisé en type de gauche mais la vérité est que je n'ai aucun self-control, je suis un caractériel pur » Y.Reza
Je me suis résigné à m'asseoir sur le canapé en Skaï, au bord, sans m'y installer complètement. Les femmes conversent, les hommes écoutent.
Banalités d'usage, je réponds par politesse. Je souris. Je suis après tout chez eux. Intérieur sans grande prétention à la tapisserie fatiguée. Beaucoup d'objets inutiles posés sur les meubles. Des lithographies de mauvaise facture habillent les murs. Aucune trace visible de culture, pas même un livre. Je suis certain qu'ils regardent TF1 en boucle.
Je hoche la tête en croisant son regard. Pourvu qu'il ne m'adresse plus la parole. Il a l'air tout aussi mal à l'aise que moi. Son visage est assez
touchant, il ressemble à un enfant qui ne pleure jamais. Je le plains. Vivre dans cet univers étriqué doit être pesant.
Comment fait-elle pour être si amicale avec elle ? Cette femme est tellement pénible avec ses fausses attentions. Qu'elles fassent du sport ensemble, certes, que nous soupions chez eux, non. Mon
épouse me surprendra jusqu 'à la fin de mes jours.
Profonde respiration, j'avale d'un trait mon porto. Il est temps de mettre fin à cette comédie. Ils ne sont pas issu de notre milieu, ils n'ont pas nos codes, je ne peux pas feindre la moindre affinité.
Je décroise les bras, je m'apprête à me lever quand je remarque à son doigt, le bijou. La même chevalière.
En une fraction de seconde, je comprends pourquoi ma femme m'a conduit ici avec des tulipes, déguisé en homme de gauche. Je reste assis. Il me faut en savoir plus.
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