Je sors de la bouche de métro, le vent souffle sur mon visage, mes cheveux s’emmêlent avec l’air. J’accélère le pas, je sais qu’elle m’attend, je le pressens. Je referme le col de mon manteau, et j’avance vers le bar où nous avons rendez-vous. Je me remémore son visage, ses yeux, mon cœur bat plus rapidement, mes mains tremblent.
Je pousse la porte en bois du café, un brouhaha vient à mes oreilles. Je dégrafe mon manteau, et je la cherche des yeux. Tour d’horizon, pas à droite, pas à gauche…Elle est en face. Je la vois, les cheveux relevés, attablée devant un café, lisant un journal. J’avance vers elle, doucement, je redresse le dos, je serre les doigts. Elle lève la tête, ses yeux quittent son papier. Elle me voit approcher, un sourire se forme sur son visage. Elle est incroyablement belle, les cheveux plus blonds que la dernière fois, la peau blanche, sans imperfection. Elle parait très en forme, malgré le décalage, horaire, pas de cerne, aucune trace de fatigue. Elle me fait signe de m’asseoir, elle replit son journal. Je me mets à l’aise, je pose mon sac à dos à mes pieds. Je déboutonne mon manteau. Elle allume une cigarette, et commande deux cafés. Je lui demande si elle a fait bon voyage depuis New York. Elle me répond que oui, que son avion était à l’heure, pas comme moi. Je rougis, et lui demande de me pardonner. Elle sourit, baisse les yeux et me répond.
« Je n’attends jamais, tu as de la chance, j’allais partir, je suis très occupée. »
Sa voix me trouble, je ne me souvenais pas qu’elle était si suave. Elle constate sans mal, que je suis désarçonné. Elle a l’habitude, c’est une séductrice. Les cafés nous sont servis, elle écrase sa cigarette dans le cendrier, et le boit d’un trait.
« J’adore le café français. » me dit-elle d’un soupire.
Un homme à la table d’à côté la dévisage, il semble la reconnaître, puis il tourne la tête. Soulagée de cette perte d’intérêt, elle replace une mèche de ses cheveux, et me sourit à nouveau.
Je la remercie d’être venue, et lui affirme combien cela est important pour moi de la rencontrer aujourd’hui. Mes phrases sont courtes, et simples, je souhaite qu’elle comprenne bien ce que je lui dis. Je lui expose les faits, que mon livre est presque fini, et que j’aimerais qu’elle le lise. Je sors de mon sac, la copie de mon roman, et lui offre. Elle l’accepte, intriguée, et ouvre la premiére page, Elle lit la dédicace à voix haute : Je vous remercie de tout ce dont vous m’avez apporté ».
Elle rougit à son tour, et repose le manuscrit sur la table.
« J’aime le vous, c’est tellement so french, so romantic…Je le lirai, avec plaisir. »
Son accent m’envoûte. J’attrape les barreaux de la chaise, pour cesser mes tremblements. J’avale ma salive, et lui dis que j’écris en pensant à elle, qu’elle m’inspire. Elle est ma muse. Mes yeux se ferment, et soudain des flashs s’imposent à moi, des images des rôles. Je la vois en Bonnie avec son béret, en Elaine en tenue de vole, en Evelyn et son porte cigarette à la bouche, en Vicki jouant aux échecs, en Gwen portant ses larges lunettes de soleil. Un long moment passe, puis mes paupières s’ouvrent. Elle n’est plus là, évaporée avec la fumée.
Je mets ma tête dans mes mains, respire profondément, puis la relève. J’ai tout simplement rêvé, elle n’a jamais été assise face à moi.
Comment ai-je pu croire que j’avais rendez-vous avec Faye ?
Je paye les deux cafés, je me lève, et prends mon sac à dos, encore ouvert. Mes mains cherchent sur la table le manuscrit, mais en vain, il n’est plus là, évaporé lui aussi. Dans le cendrie, deux mégots. Sur l’une des tasses à café se dessine une trace de rouge à lèvre. Je passe une main dans mes cheveux, et sans attendre, je m’en vais sans vouloir comprendre.
