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les aventures de James

Vendredi 27 janvier 2006

 

L'anniversaire de James (1)

 

 

 

James Corlier, en ce vendredi, fête ses 42 ans, seul, devant une bouteille de mousseux. Il n’allait pas acheter du champagne, trop cher ! Ce n’est pas qu’il n’ait pas les moyens, bien au contraire, mais il n’aime pas dépenser inutilement. Un sou est un sou,  à partir du moment que cela pétille, l’illusion est là. La télévision est allumée, James ne rate jamais un épisode de ses feuilletons préférés, cependant ce soir, il n’a  pas vraiment la tête à se concentrer sur son programme, il  est songeur. « Une année de plus se dit-il, enfin une année de moins ! Vivement  que l’enfer se termine ! » . Il glousse de rire et trinque à sa santé en  levant le petit verre à moutarde face à lui. Il le boit d’un trait, et le remplit à nouveau.

Son estomac ronronne, il pose la main sur son ventre flasque qui grossit  au fur et à mesure des ans. Il déboutonne son pantalon en velours beige,  pour être plus à l’aise, et finit son verre. La bouteille est dramatiquement vide. Il a encore envie de boire. Il se lève jusqu'au coin cuisine pour se prendre un pack de bière, le moins cher du supermarché. Son pantalon descend le long de ses jambes, énergiquement, il l’attrape par les poches et  remonte le vêtement jusqu'à la taille. Il ne peut plus se reboutonner, son abdomen est trop dilaté, tant pis, il restera ainsi : débraillé. Personne ne le voit dans son petit studio à la tapisserie rouge bordeaux.

 Le téléphone sonne, James ne répond pas, il sait déjà qui sait,  sa mère, « la vieille » comme il la nomme. Pas besoin d’être devin pour le savoir, elle est la seule à l’appeler. Il n’a aucune envie de lui parler, encore moins d’entendre un  « Bon anniversaire mon petit ».  Elle insiste, la sonnerie dure, elle doit se douter que sa progéniture est bien chez-elle. James souffle de soulagement, quand le son cesse, il a échappé au pire. Il ouvre une canette, puis une autre, et encore une autre, debout devant le frigo pathétiquement vide. James Corlier ne mange que des conserves, il ne cuisine jamais. Il les fait réchauffer dans une casserole et les déguste directement, pas de vaisselles superflues, tout est en place rapidement. Ce soir ce sera cassoulet, plat du dimanche, parce que c’est un jour spécial. Un petit rot, puis un autre plus bruyant, le petit homme chauve, repart s’asseoir dans son fauteuil avec un paquet de chips dans les mains. La météo de demain annonce une journée pluvieuse. James s’en moque, il restera chez-lui à regarder la T.V. Les informations commencent, il change de chaîne pour regarder une autre série américaine.

Le paquet de chips est presque vide, les mains grasses, James les essuie sur sa chemise marron. De toute manière, elle est déjà sale, il y a des taches de ravioli de mercredi. Le téléphone sonne à nouveau, la vieille persévère. « Bon Dieu, elle va me lâcher ! » s’exclame-t-il. Trop, c’est trop, il déconnecte l’appareil à la prise. Ouf ! Silence ! Il se reprend une bière et fait chauffer son cassoulet. Il repense à sa journée de labeur, James travaille dans un hôtel, il est réceptionniste. Il préfère travailler le jour que la nuit car il n’est pas obligé d’enregistrer ses séries. Cette semaine est une bonne semaine, il est de  jour. Ah, s’il pouvait tous les tuer…il le ferait ! Un par un. Il s’imagine souvent déambulant, dans les couloirs de l’hôtel, un couteau à la main pour leur trancher la gorge, surtout celle de son patron, qui ne cesse de l’humilier devant les clients. Un petit sourire narquois, James se sent pousser des ailes en spéculant sur une éventuelle scène de crime. Le cassoulet mijote, il est bientôt prêt !

 Vite avalé, Monsieur Corlier se précipite sur son fauteuil pour ne rien manquer du divertissement du vendredi soir sur la premiére chaîne. Quelques flatulences, ici et là,  viennent perturber la voix de l’animateur. Ce qu’il préfère par-dessous tout est de voir des jolies filles a moitié nues se trémousser, ce soir, il n’est pas verni, il n’y a que des vieilles gloires des sixties, ils auraient pu, quand même, faire un effort, en ce jour !

Avant de se coucher, James aime prier. Deux  Notre Père, Trois Je vous salut Marie , et hop au lit ! Sauf que là, ce soir, trop saoul, il se contentera d’un simple « Amen ! » .Dieu lui pardonne, il a aujourd’hui 42 ans !

James au supermarché (2)

James Corlier marche d’un pas rapide dans une rue de la banlieue parisienne. Une large avenue sans charme, ni histoire, droite et fonctionnelle. Il sort de l’hôtel,  son lieu de travail, où il vient d’effectuer huit heures de réception sans une pause. Son patron étant absent, James en profite, entre deux temps morts,  pour visiter des sites pornographiques sur l’ordinateur. Il aime bien, c’est distrayant, pour lui, qui n’a aucune partenaire.

S’il avance rapidement, c’est qu’il veut être rentré le plus tôt possible à son appartement pour regarder son soap à la télévision. Mais avant, il doit passer au supermarché acheter ses petites commissions de la semaine. Bien entendu Monsieur Corlier fait ses courses dans un magasin discount, même si pour cela, il doit faire un détour.

Aujourd’hui il va ajouter à son panier, une boite de coucous supérieur. Sa mère vient en effet dîner demain soir, il ne peut lui servir son coucou traditionnel, trois euros moins cher. Il fait un effort parce qu’il sait que Dieu lui rendra, comme dit Santa Maria !

« Avec un peu de chance, « la vieille » ne restera pas trop longtemps, si elle est fatiguée. Pourvu qu’elle soit fatiguée » songe t-il alors. James passera de toute façon sa soirée les yeux rivés devant l’écran pendant qu’elle racontera les petits commérages de quartier. Le pire est que James devra sortir sa vaisselle, et James déteste sortir sa vaisselle, car il doit la nettoyer après.

En pénétrant dans le magasin, James scrute l’ensemble des caissières, et par chance, elle est assise  au poste 7,  vêtue de son chemisier rouge. Un large sourire se forme sur son visage bouffi, il est heureux, car Christiane  rebaptisée par James « Miss Lolo », touchera de ses longs doigts l’ensemble de ses conserves pendant qu’il dévora des yeux son généreux décolleté, a qui elle doit son surnom. Christiane est une trentenaire enrobée comme il les aime, un peu vulgaire, surtout quand elle mastique la bouche ouverte un chewing-gum. Ses lèvres sont toujours couvertes d’un rouge à lèvre agressif, qui parfois déborde sur ses dents. Miss Lolo est une blonde peroxydée qui déteste James. Entre collègues, ils le surnomment « le maniaque ». Il faut avouer que Monsieur Corlier se fait souvent remarquer.  L’hiver dernier, en plein froid,  il s’est permis de lui dire qu’elle ressemblait à un phoque sur la banquise avec son écharpe rose. Pourtant pour l’imposant petit homme, c’était un compliment, il n’a pas compris son dépit. Bien entendu, le client étant Roi, elle ne répliqua pas. Depuis, à chaque fois qu’elle croise son regard de pervers sur ses seins, elle n’a qu’une envie, lui envoyer une boite de cassoulet dans la tête.

James trottine dans les rayons, et s’imagine faisant l’amour à Miss Lolo sur le tapis roulant de sa caisse. Il rougit. Une jeune fille le regarde avec dégoût et s’enfuit. Il baisse la tête, son pantalon beige ne dissimule pas un début d’érection. Il pouffe et continue ses achats, il décide de prendre du chocolat, qu’il cachera, il le dégustera quand la vieille sera partie.

Enfin le moment tant attendu, le passage en caisse. Christiane l’ignore, et ne le salut pas. Elle passe rapidement les conserves, le chocolat, et les bières, sans aucune réaction apparente.

 Au moment de lui tendre les billets, il lui dit.

«_ Tu es bronzée aujourd’hui, ça te va bien.

_17 euros et 25 centimes s’il vous plait.

_Quand viens-tu prendre un verre chez moi, tu sais j’ai de la bière au frais.

_Votre monnaie sur 20 euros.

_Merci ma douce, à très vite. »

 En partant, il l’entendant se plaindre à la cliente suivante. Il saisit les mots « pervers, impoli, pauvre mec ». Corlier traîne ses vieilles semelles rongées de fatigue sur le carrelage.

«  Elle peut faire la maligne, les vigiles sont là pour la défendre » murmure-t-il. Une pensée obscure alors surgit dans sa tête, il se voit avec un couteau déboulant dans le magasin. Il pense alors : « Un jour, elle aussi, payera son arrogance, elle subira le même sort que mon patron. »

James accélère le pas vers la sortie, il est en colère, il vient de rater les dix premières minutes de son feuilleton.

James et la vieille (3)

Dès qu’il a ouvert la porte d’entrée, James a compris qu’il allait passer un mauvais moment. Sa mère, invitée surprise du dimanche soir,  débarque les bras remplis de sachets plastiques. Elle ne laisse pas son fils réagir. Elle le pousse, et pénètre dans le petit studio au sol collant en poussant des petits cris énergiques. « Yep ! » « Oup ! » « Rrrr ! »

Elle ne prend pas soin d’embrasser son fils, elle pose directement les sachets sur la table recouverte d’une nappe plastifiée, et détache son petit chien noir, Perle, de sa laisse. Elle constate non sans mal que l’appartement est encore dans un état pitoyable, et conclu que l’odeur nauséabonde provient du dîner de son fils.  Elle n’ose rien  toucher, et s’assoit prudemment sur un coin de la chaise.
«_ Je t’ai apporté des aliments frais, James.  Des légumes, des fruits. Je m’inquiète pour toi, à manger uniquement des conserves, tu vas finir par tomber malade…Et puis regarde cet endroit ! Tu devrais nettoyer, et aérer ! James, tu te laisses aller ! Ton père serait très déçu, tu sais, s'il voyait tout ça ! »
James baisse la tête, et ne répond pas. Comme un enfant, il fait la moue. Il s’approche du frigo pour sortir une bière, mais réalise que cela ne va pas lui plaire. Il se fait violence mais s’asseoit face à elle.
« _James, si je suis venue, c’est pour te remonter le moral...Je pense que tu es en déprime…Ma voisine Rita, qui lit « Psy magazine » me dit que tu es dans une phase maniaco-dépressive…mais bon vu l’état de ton intérieur, je pense que tu es plus dépressif que maniaque… »
James lève les yeux au plafond, et soupire. Il maudit secrètement le jour où quand son père s’est fatalement  tué en voiture,  il n'était pas accompagné. Pourquoi la vieille n’était pas avec lui ? pense-t-il. Ainsi il aurait eu la paix, et l’héritage.
« _Je vais bien, maman …Je… »
Elle le coupe sèchement.
« _Non James ! Ce n’est pas vrai ! Tu as besoin d’une femme dans ta vie !
_ Maman, s’il te plait !
_Tu sais, James, si tu es homosexuel, je peux comprendre…Je suis large d’esprit. Pas comme tante Bernadette…-elle baisse la tête, et dit d’une voix douce comme s’il s’agissait d’un secret-Tu sais, mon professeur de tango, Enrique, en est un, -elle évente l’air de sa main-Il est gentil…un peu efféminé, mais tellement doux… Je m’entends très bien avec lui !
_Maman je ne suis pas pédé!
_Alors où est le problème ! Quand vais-je devenir grand- mère !
_Il n’y a pas de problème, je suis très bien seul…
_C’est faux…Tu passes ton temps de libre devant ces séries de T.V ! Tu ne sors pas. Tu ne rencontres personne. Tu ne fais pas de sport. Tu es gros James ! »
A ce moment précis, James s’imagine un couteau à la main lui tranchant son cou ridé comme un poulet.
Il ne répond pas. Pas pure provocation, il se lève et se prend une bière au réfrigérateur. La vieille dame maquillée comme une voiture volée considère sa progéniture et pense que James Dean doit se retourner actuellement dans sa tombe. En effet, elle l’avait baptisé  ainsi en hommage à cet acteur qui l’a faisait tant fantasmer. A présent, elle fantasme pour Jean-Pierre Pernault.
« _Perle ! Perle ! Viens voir maman ! Où est-elle ? »
James espère que cette maudite bête n’a pas pissé sur la moquette. Le caniche trottine et se colle à sa maîtresse qui lui  susurre des petits mots tendres.
James, affolé par l’heure qui tourne,  s’impatiente. En effet sa série, « Alerte à Malibu » commence dans quelques minutes. Sa mère attrape Perle, et la pose sur ses genoux. D’un débit rapide, elle commente la politique intérieure. Elle revendique son mépris contre l’actuel gouvernement. Elle qui a toujours été Trotskiste malgré son embourgeoisement garde une âme revolutionnaire.
Excédé, par son timbre de voix, le petit homme, vêtu d’un petit pull en laine taché d’huile,  émet du plus profond de sa gorge un énorme rot. Puis il se met à rire. La vieille dame choquée par l’attitude si peu civilisée de son fils, se lève, et prononce sèchement :
« _James, je dois y aller, j’ai un bridge avec Marcelle. Je veux que tu fasses un effort pour moi, je ne t ai pas éduqué ainsi… Pense à ce que je t’ai dit !»
James ricane, et observe apaisé sa mère partir enfin. Il finit sa canette de bière, et se dit à voix haute « Elle aussi payera pour tout ça… »

 James est amoureux (4)

James a senti son cœur s’affoler en la voyant la premiére fois. Et pas seulement le cœur…Il est resté bouche bée, il ne pouvait pas réagir. On appelle ça le coup de foudre. Depuis, James Corlier est heureux de se rendre au travail, et de la voir, tous les matins dans sa petite blouse rose.  

James a décidé de plaire à Micheline, et pour cela, il fait des efforts. Il change de vêtements tous les trois jours, il s’asperge d’eau Cologne et surtout il fait un régime. Il ne mange plus de cassoulet et de choucroute en conserve. Il achète à présent des plats surgelés Weigh Watchers. C’est plus cher, mais bon, il faut bien se sacrifier pour la bonne cause.

L’ensemble du personnel de l’hôtel ne comprend pas ce changement de situation. James le solitaire, devient agréable. Même Miss Lolo, la caissière du supermarché a vue la différence. Il ne la drague plus, et ne lui lance plus aucune réflexion douteuse sur son physique. Elle le trouve presque gentil enfin faut pas exagérer quand même. Ses yeux sont toujours ceux d’un vicieux !

Tout a commencé Lundi dernier, James derrière la réception enregistrait des données dans l’ordinateur. Micheline, intérimaire chez Adecco, venait au pied levée remplacer Gigi, en congé maladie.  La femme de ménage se présenta naturellement au gros monsieur de la réception, un peu fatiguée de s’être levée si tôt. Elle n’avait plus l’habitude. James dans un premier temps, ne l’a pas regardée, il avait mieux à faire. Il lui a indiqué les vestiaires pour qu’elle prenne sa blouse, et son badge. C’est la voyant revenir avec son petit costume qu’il a craqué. Elle avait un air de Bette Davis, en fin de carrière certes, mais quand même. Malgré son bec de lièvre et son strabisme, Micheline dégageait quelques choses de particulier. Un charme venu d’une autre planète. James la considéra un moment, sentant son petit oiseau se réveiller. Ah, ses cheveux ! Il pourrait écrire des proses sur cette tignasse rousse et frisée comme un mouton. 

« Y a pas à dire, elle dégage un truc cette bonne femme. » songea-t-il.

Et depuis une semaine, James est sur un petit nuage. Tous les matins, il cause avec sa douce qui reste pourtant sur la réserve. Ses collègues l’ont prévenue de se méfier de ce gros cochon. James lui parle de ses séries préférées, et comme ils sont fans tous les deux des « Feux de l’amour », ils ont toujours quelque chose à dire sur Nicky Abbot  et sa libido ou Sophia Capwell et son brushing.

Même  « la vieille » ne reconnaît plus son fils. Il prend de ses nouvelles régulièrement et s’est même proposé de garder Perle, le caniche, lors de sa croisière « La chance aux chansons » le mois prochain.

James Corlier n’a plus de désir de meurtre, il ne se voit plus avec un couteau trancher la gorge de son patron ou de Miss Lolo. Il se voit plutôt malaxer les hanches de sa Mimi…

Des bruits de couloir circulent, Micheline serait célibataire, sans enfant. James n’a pas encore osé lui demander. Pourtant il meurt d’envie de l’inviter au Flunch. Il peut bien faire ça, c’est une courageuse Micheline. Elle astique comme deux.

James fera-t-il le premier pas ?

Par Styx
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Mercredi 19 avril 2006

 James au cinéma  (5)

Dans la queue du cinéma, James Corlier ne peut s’empêcher de reluquer la jeune fille devant lui. Son corps athlétique contraste avec celui de Micheline. Des fesses fermes, des seins galbés, tout ce qu’il aime. Quand il tourne la tête vers sa petite amie, le petit homme  sursaute. Dans son jogging rouge sang, les cheveux roux en pétard, Micheline ressemble à rien, mais vraiment à rien, pense-t-il.

James est contrarié. Déjà qu’il ne va jamais au cinéma, car c’est trop cher, il n’a pas pu choisir le film. Micheline a été ferme. Elle veut absolument voir la comédie " Les bronzés 3 ", car elle a envie de se divertir un peu. En ce moment, la femme de chambre intérimaire, ne rit pas beaucoup. Son compagnon est d’un ennuie mortel. Aucun humour, il ne pense qu’au sexe, à son porte monnaie et à sa T.V. Mais Micheline veut combattre sa solitude, elle n’en peut plus des plateaux- T.V devant Mireille Dumas. Il lui faut une compagnie, quelqu’un avec qui parler alors lui ou un autre, pour elle, il s’agit du même combat. Et puis Micheline est consciente qu’elle ne peut pêcher meilleur poisson, son hameçon n’est pas appétissant. Si seulement, elle avait été riche, elle se serait offerte, de temps à autre, un jeune homme aux charmes du diable. Une bête de sexe.

James a cédé pour cette séance, car sa compagne lui a promis une petite gâterie au retour. Il aurait bien voulu voir Sharon Stone et ses seins dans " Basic Instinct 2 ", mais sa compagne d’infortune ne veut pas en entendre parler. " La liftée, qu’elle aille se faire sauter ailleurs ! " hurla-t-elle à la caisse quant James insista une dernière fois pour changer de programme. Il l’a laissé passer dans la file, non pas par courtoisie, juste pour qu’elle paye sa place. Le petit homme aperçoit plus loin, Miss Lolo accompagnée d’un bodybuildé en tee-shirt collant. Il n’ose pas lui faire signe de la main. Il l’observe, et se dit à lui-même : " Ah cette femme est un canon ! " Dans son manteau à fausse fourrure rose, avec ses chaussures plates formes elle a des petits airs de Charonne. Ses épaisses lèvres recouvertes de rouge envoûte Corlier. Il aimerait bien que Micheline se maquille comme la caissière. Elle serait tellement plus attractive, plus hollywoodienne.

En s’installant dans la salle, James se place au milieu de la rangée, il déboutonne son pantalon, pour être complètement à l’aise. Il sort discrètement d’une poche de son manteau, une cannette de bière. Elle la décapsulant, Mimi, lui fait les gros yeux." Quoi ? J’ai soif ! " ronchonne-t-il. Elle n’ose rien répondre, peur de se faire remarquer davantage. James attend encore quelques semaines avant de présenter sa bien aimée à la vieille. Il va devoir y passer, il le sait, et cela va être pénible. Il voit déjà sa mère discuter cuisine avec elle, lui demander de surveiller la ligne de son fils chéri. Il craint déjà le pire !

Dans le noir complet, James tente une première approche. Il caresse la cuisse bien en chaire de sa compagne. Elle le rebrousse de suite. " Je suis là pour le film, James. ". Le ton sec condamnera une seconde tentative.

James se console. Par chance dans le film, il y a la jolie femme qui fait la publicité pour les pâtes, Ornela Mutti, et une blonde avec des seins énormes. Quelques voisins protestent quand James commente le film. " Il va se taire ce con ! " hurle un homme derrière lui. James se retourne, prêt à se lever pour lui mettre une raclée. Oh là ! Il s’agit du compagnon de Miss Lolo. James s’enfonce dans son fauteuil. Il prit, pour qu’elle ne l’ai pas reconnu. Corlier s’immobilise. Il essaye de se faire oublier, mais une flatulence attire, à nouveau l’attention autour de lui. Une femme devant lui, se retourne dégoûtée. Elle a envie de vomir. Micheline ne réagit plus, elle est, à présent, immunisée, elle ne sent plus rien.

En fin de projection, la femme de chambre attendra la fin complète du générique, et que tous les spectateurs soient partis, pour réveiller son boulet. James , un filet de bave, revient à la vie. Il se frotte les yeux, glousse comme une dinde, et dit énergiquement.

" C’était génial ! Bon on va chez moi, tu m’as promis quelque chose ! "

James et les haricots (6)

James avachi sur le fauteuil de son salon, le bidon à l’air, regarde Catherine Chancellor, en peignoir, frapper sa gouvernante, Esther, à coup de cintres parce qu’elle a cafté à Nicki Abbot sur le vol des bijoux de Sophia Capwell. James Corlier, la bouche ouverte, est captivé par le spectacle américain. Il s’imagine reproduire la scène mais avec sa mère, " la vieille ", qu’il cognerait à coup d’espadrilles, parce qu’elle lui a demandé, encore, de maigrir.

Le petit homme se lève pour aller chercher une bière au frigo, il a soif. On frappe à la porte, il soupire, mais se résigne à ouvrir, malgré que son feuilleton ne soit pas terminé. A peine le temps d’entrebâiller la porte, que Micheline déboule comme un bulldozer, dans la cuisine graisseuse de notre héros national.

Habillée d’un jogging rose pale, la petite amie de James semble fatiguée par la montée des six étages. Elle ne prend jamais l’ascenseur, elle est claustrophobe. Les cheveux roux en pétard, comme d’habitude, Mimi, toute en sueur, pose son sac à dos en forme d’ours en peluche, sur la table.

" Je t’ai déjà dit de venir après la fin des Feux de l’Amour ! " ronchonne James, les yeux rivés sur l’écran de télévision.

Micheline, folle de rage, se précipite dans le salon et éteint la machine.

" J’en ai marre de ces vieilles folles ! J’en ai marre de toi ! J’en ai marre de tout ! " hurle-t-elle en pleurant à chaudes larmes.

James, reboutonne son pantalon, et étire son pull-over pour cacher son bidon.

" _Ben qu’est-ce qui se passe ma Mimi chérie ?

_Je suis enceinte, James, enceinte de trois mois !

_Quoi ! ! ! T’es pas ménopausée ?

_Ben non…Je me suis trompée. Mon médecin est formel…

_C’est qui le père ?

_C’est toi du con ! Qui veux-tu que ce soit ? Benoît XVI !

_Euh…non…je comprends mieux ta prise de poids maintenant…Tu vois, c’est pas le cassoulet en boite, je te l’avais dit que ça fait pas grossir…

_C’est de ta faute ! Si t’étais moins porté sur la chose, je ne serais pas dans ce fumier ! T’es qu’un gros cochon, et tu vas assumer tes conneries ! "

Micheline, comme un ouragan, se précipite sur James pour le bousculer. Elle le gifle, puis s’agrippe au col de son pull. Effondrée, elle s’enfonce dans ses bras, en s’excusant comme une enfant. James, inerte, ne réagit pas, il hume le parfum transpirant de sa bien aimée. Toutes ces émotions dilatent ses intestins, et dans un instant de grâce, James émet deux pets odorants. Micheline, choquée, se ressaisit, et bouscule à nouveau son fiancé.

" T’es qu’un porc ! Mes enfants vont avoir un gros porc comme père…Je suis foutue ! "

Hystérique, la jeune femme se met à faire des tours de table. James l’observe se mouvoir, puis épuisé, la saisit par le bras et lui dit

" Tu as dis mes enfants ? Y en a plusieurs là-dedans ! "

Il désigne le ventre rebondi de sa copine.

"_ Euh…Le médecin est sûr… Il y a trois haricots dedans !

_Trois ? Trois ! Troooooiissssssssss ! ! ! ! ! !Bon Dieu de merde ! "

James a besoin de s’asseoir. Non seulement, il apprend qu’il va être papa, mais de trois en même temps ! Micheline se met à sucer son pouce, pour se calmer.

On frappe à la porte, James suppose que c’est un voisin qui vient se plaindre du boucan des dernières minutes. Bien que sonné, il ouvre de suite, pour s’excuser. Mais non, il s’agit de sa mère, et de Perle, le caniche frisé, en visite. James n’a pas le temps de bloquer l’entrée que la vieille est déjà dans la cuisine à toiser le Carambar rose. Non seulement, elle n’en revient qu’il y ait quelqu’un chez son fils, mais de plus, un spécimen du sexe féminin. La surprise est totale.

La dame serre la main de l’invitée, et émet un " enchanté " un peu guindé. Maquillée à outrance, la mère de James tente de cacher ses dernières injections de Botox qui lui font des traces rouges sur le visage. Elle attend des présentations de son fils, dans le respect des conventions, mais rien ne vient. Elle souffle et interpelle sa progéniture. James lève les yeux au ciel, et maudit ce jour de congés. Il exécute, nonchalant.

" Maman, je te présente Micheline, ma fiancée. Micheline, je te présente Maman. "

La vieille sent son sœur s’accélérer, et pour une fois, à le souffle coupé, elle ne peut rien dire.

Micheline sourit à sa future belle-mère. Un sourire naturel, une dent sur deux. " Dieu qu’elle est laide " pense la vieille dame devant la Bette Davis, plus bête que Davis.

James sent ses hormones agir, un désir de vengeance soudain monte en lui, par chance, il n’a pas d’espadrilles aux pieds.

" Oh ! Tu tombes bien, Maman ! Micheline est venue m’annoncer une bonne nouvelle ! Tu vas être mamie ! Elle est enceinte ! Et de triplets ! "

La vieille blanchit malgré le fond de teint, et hop, elle tombe dans les pommes sans que personne ne la retienne. La chute est lourde. Perle aboie, et se met à lécher le corps de sa maîtresse. James lève à nouveau les yeux au plafond, incrédule par ce malaise. Micheline observe son compagnon puis lui dit.

" _Le temps qu’elle se remette de la nouvelle, on peut aller au Mac Do, Doudou, je meurs de faim ! "

Et les deux associés s’enfuient vers le fast food en laissant la pauvre dame reprendre ses esprits au sol.

James épouse Micheline (7)

Madame Corlier observe d’un air dégoûté la nouvelle Madame Corlier se déchaîner sur la piste. En jogging blanc, pieds nus, elle tournoie sur " La bonne du curé " d’Annie Cordy. Comme une enfant, elle danse autour de ses invités en levant les bras. " Je voudrais bien mais je ne peux point " chante-t-elle à tue tête. La mère de James finit son énième coupe de champagne, elle sent l’alcool lui monter à la tête. Tant mieux, elle a besoin d’oublier ce jour affreux. De toute façon, elle ne peut pas être plus saoule que sa belle-fille. La marâtre a tout juste, eu le temps, de revenir de Tunisie. Elle a subit une petite intervention chirurgicale, un simple rafraîchissement du visage, pour assister au mariage de son fils.

Elle regrette amèrement de ne pas être intervenue dans les préparatifs. La honte était inévitable mais à ce point, elle ne pouvait l’imaginer. Son fils a tout fait pour la ridiculiser. Elle n’a pas été épargné. Tout d’abord, la musique du générique des Feux de l’amour dans l’église ne la pas fait du tout rire. Quel blasphème ! Comment le prêtre a-t-il pu accepter cette connerie ! se répète t-elle en faisant des nœuds avec sa serviette de table. Elle revit la cérémonie. Micheline qui arrive en jogging blanc recouverte d’une longue traîne en mousseline rose ! Non, ce n’est pas possible ! se martèle t-elle dans le crane. Selon les explications de son fils, ils n’ont pas eu les moyens d’acheter une robe ! Ils n’avaient qu’a le lui demander ! Elle lui en aurait payé une, même en crépon ! Tout l’argent est passé dans l’orchestre ! Les amoureux se sont offerts les Forbans ! Oui les Forbans ! Pendant deux petites heures, le groupe a chanté tous les classiques des années 60. James semble avoir adoré, mais quand même dîner sans pouvoir converser, non merci ! Une colère monte en elle quant elle pense au dîner. Micheline a voulu un buffet à la gastronomie américaine ! La vieille a cru rêver en voyant des hamburgers et des frites sur les tables. Elle a même versé une larme. Son maquillage a coulé sur sa joue. Elle n’oubliera jamais ce supplice fait à son fond de teint…jamais !. Heureusement, la pièce montée était bonne, James d’ailleurs est en train de la finir. Il n’a pu en manger en même temps que les autres. Il était trop accaparé, par le spectacle final. En effet, son fils s’est offert les prestations de la caissière et son bodybuildé pour un show sexy. Madame Corlier s’est étouffée entre ses choux, en voyant la blonde aux gros seins se frotter contre le torse musclé de son étalon. Quelle goujaterie ! Elle a failli partir devant cette vulgarité. La goutte d’eau dans le vase. C’est en scrutant le ventre rond de sa belle-fille, qu’elle a compris sa mission. Elle ne peut laisser l’éducation des triplettes à ces deux demeurés ! Ce n’est pas possible. Ce sera son dernier combat. Son ultime bataille.

La vieille espionne la bête du Gévaudan se trémousser sur la musique, avant de réclamer une autre coupe de champagne. Un élégant monsieur vient s’asseoir à côté d’elle. Elle le détaille sous son chapeau noir. La soixantaine, bien tassée, des jolis traits, bien qu’une peau trop ridée. Des cheveux blancs, un peu terne, mais une ligne svelte. C’est rare, à cet âge. Les vieux s’empâtent vite, pense-t-elle, ils ne font pas l’effort de faire du sport comme elle. Elle n’a pas vu s’il était grand, cela la contrarie, elle déteste les hommes plus petits qu’elle.

" _Je peux me permettre de m’asseoir.

_C’est déjà fait, non?

_Je me présente " Hainerail "

_Pardon ?

_Henry, si vous préférez, mais je suis d’origine anglaise, je le prononce à l'anglaise!

_Très bien. Mais vous n’avez pas d’accent …

_Heu non…Je suis français.

_Je vois.

_Votre petit nom ?

_Gina.

_Gina ?

_Oui (contrariée) enfin, je m’appelle Ginette, mais je préfère Gina, c’est plus joli. Je suis la mère du marié. "

Ginette tourne la tête, et voit James qui continue à s’empiffrer de choux à la crème. Il lui fait signe. Elle tente de froncer les sourcils, mais se souvient que son botox l’en empêche. Elle montre simplement sa veste pour faire comprendre à sa progéniture qu’il a des taches sur son smoking. Bien entendu, il ne comprend rien.

" _Excusez-moi, je suis l’employeur de votre fils.

_Ah dans cet hôtel ?

_Oui, j’en suis le propriétaire, qui appartient à la dynastie des Walls.

_Ne me parlez pas de série, je vous prie, j’en ai assez comme ça.

_Pardon ?

_Dynasty. Je ne supporte pas ce feuilleton américain que mon crétin de fils regarde !

_Je ne saisis pas. Passons…Vous ressemblez à Catherine Deneuve. Vous l’a t-on déjà dit ? "

Gina sourit. Depuis son premier lifting, certains le lui disent.

" _Oui . Je suis assez flattée. C’est un compliment…"

Elle se lève, et pousse des cris stridents.

" _Peeeeeeerle ! ! ! !Perleeeeeeeeee ! ! ! ! ! ! Viens voir maman ! "

Le caniche blanc court  vers sa maîtresse. Pour l’occasion, elle a eu droit à un petit nœud rose en taffetas autour du cou. On dirait presque Micheline.

" _J’aime beaucoup les chiens. Les miens, je les fais garder par ma concierge quand je pars en croisière sur la riviera. ".

Sur ces mots, Gina Corlier pose sa coupe de champagne sur la table. Elle considère son interlocuteur, un instant. Elle bat des cils, de façon charmeuse. Le moment est venu de jouer. Elle ne peut garder le même nom que ces deux abrutis. Il n’y a pas de place pour deux Madame Corlier sur cette terre.

James apprend à conduire (8)

 

James est un bon fils, il écoute sa mère…parfois ! Gina Corlier lui a fortement conseillé de passer son permis de conduire, car d’après elle, un bon père de famille, se doit d’emmener sa petite fratrie en vacances à la mer. La vieille a demandé, entre deux coupes de champagne, lors du mariage de sa chaire, si Cousin Gaby pouvait faire un effort au niveau des tarifs. Et comme Cousin Gaby ne peut rien refuser à celle qui considère comme son modèle, l’affaire fut de suite dans la poche. Gaby Corlier est gérant d’une auto-école en banlieue, un peu éloignée de celle de James, mais à prix réduit, le petit homme est prêt à faire la route…même en bus ! Nouvelle leçon en ce mois caniculaire. James Corlier est heureux de s’évader de son univers étriqué. Micheline, sa fraîche épouse, est imbuvable en période de gestation. Caprice sur caprice, elle le rend cinglé. Il est même obligé d’aller au Mac Donald, pendant la nuit, quant la baleine a une envie de frite ! Il est épuisé, mais d’après sa femme, il doit payer le mal qui lui a fait. S’il n’avait pas trempé son cugnot, jamais elle ne serait dans cet état , grosse et bedonnante.

James arrive à l’auto-école de mauvais poil. Il n’a pas touché Mimi depuis une éternité. A quoi bon avoir une épouse, si elle ne consent pas à se donner ? songe-t-il. De plus, Cousin Gaby est le moniteur, aujourd’hui, et pas une charmante jeune femme, comme les fois précédentes. Le quadragénaire ressemble à un sapin de Noël avec ses chaînes en or autour du cou et ses chevalières aux doigts. Il est toujours habillé en rouge, comme un Bioman en mutation. Ambiance japonaise, il porte aujourd’hui un kimono…rouge !

Bien que James ne l’apprécie pas, il se montre poli, parce que c’est la famille et surtout parce que le cousin est friqué. Il peut être utile ! Gaby le bise, il déteste ça, et d’une voix de cantatrice, le flatte sur sa mine.

" Tu as le teint rougeaud, oh ! C’est beau, moi, je me mets de l’autobronzant, mais je reste pâle comme un nuage ! ah ! ".

Cousin Gaby marche un peu bizarre, on a toujours l’impression, qu’il va cueillir des fleurs dans un champs, à la Laura Ingalls. Dans la voiture, il se regarde dans le rétroviseur, et pousse un cri de castra.

" _Regarde ma tête, j’ai besoin de vacances ! Je ressemble à rien ! Même Cher a meilleure mine ! En parlant de Cher, comment va ta mère ?

_Bien…Elle fricote avec mon patron…Elle fait deux têtes de plus que lui ! Ils ont l’air con ! "

James éclate de rire. Gaby le reprend par une petite tape à la main.

" _Ne te moque pas de ta mère ! Vilain garçon ! Au faite, James, je dois te dire que je serai ton unique mon moniteur à présent. Sylvie, ne veut plus monter avec toi…ni Rachida…et ni Camille…Tu as les mains baladeuses, d’après elles ! Mes salariées ne souhaitent plus entendre parler de toi ! Tu es incorrigible ! Alors que tu viens de te marier…Franchement des fois, tu me fais honte ! Je comprends que Gina soit contrariée ! "

James baisse la tête. Il encaisse le coup. Il va devoir se farcir le rossignol Milanais à chaque leçon. Pas de bol !

Il démarre. Bien entendu, aucun contrôle. Gaby pousse un cri puis le corrige. Le moniteur s’évente avec un éventail rouge, tout en s’admirant dans le retroviseur. La voiture avance lentement dans la ville. Il part dans un long dialogue sur l’importance du clignotant dans un rond point. James n'écoute pas. Premier feu rouge. L'élève cale. Le moteur toussote, il n’arrive pas à redémarrer. Cousin Gaby avec ses pédales redémarre le véhicule. Ils repartent. James transpire comme une vache. Sa chemise est noyée. Gaby passe la tête par la fenêtre, il a des nausées. Son voisin ne sent pas la rose. La tête dehors, il s’imagine sur le pont du Titanic attendant la venue de Di Caprio, la nuit venue. Deuxième feu rouge. Gaby revient à la réalité, il s’évente le visage plus énergiquement. James cale à nouveau. Même rituel. Le véhicule repart laborieusement.

" A droite, à gauche, à droite ! "

Le professeur est stricte. Il lui demande de vérifier dans le rétroviseur. Troisième feu rouge à l’horizon. James fait une petite prière. Il récite dans sa tête un Je vous salue Marie, dans l ‘espoir de ne pas fauter. Pathétiquement, il cale à nouveau. Bianca Castafiore, souffle, énervé, il prend des airs de mijaurée . Nouvelle morale.

" C’est inadmissible après tant de leçons ! Tu dois te concentrer ! Ce n’est pas facile, mais dis-toi que tout est possible ! Même Barbara Streisand a fait une méga carrière avec un gros pif et un œil qui dit merde à l’autre ! Alors crotte de bique, après tout, ce n'est pas sorcier de conduire une bagnole ! "

James fronce les sourcils. Il ne comprend pas cette comparaison. Il redémarre en colère. Fatigué par ces simagrées. Il avance vite, très vite, trop vite !

Cousin Gaby lui ordonne de respecter les limitations de vitesses, de ralentir. Soudain, une voiture  avec une blonde décolorée arrive, comme un bolide, sur la droite. Priorité à la décapotable rouge.

Cousin Gaby pousse un cri strident.

" Freinnnnnnnnnnnnnnnnneeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee ! ! ! "

Trop tard, carambolage. Les deux voitures sont en accordéon. Par miracle, les victimes sortent indemnes. Quelques courbatures peut-être. Cousin Gaby, à moitié nu, remet son kimono en place. Il est tout décoiffé, son chignon a lâché. Il se met à pleurer en voyant la tôle froissée. L’ambiance japonaise se prolonge, la jeune conductrice, derrière ses énormes lunettes de soleil ressemble à un panda. Elle pousse un cri en voyant le chauffard.

" Non, c’est pas possibleeeeeeeeeeeee ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! "

James sourit, il est heureux de retrouver Christiane alias Miss Lolo. Il ne l’avait pas revue depuis le mariage, et son fameux show à l’américaine. Dans une petite robe moulée verte, elle est sexie, deux Mont Fuji se dessinent sous le coton. Elle lève les bras au soleil, en blasphémant.

" Je vais le buter! Putain de merde ! Putain de Dieu ! J’en ai marrrrrrrre de ce mec ! "

Le bonheur est sur la route, James en a la conviction. En ce jour de leçon, il a réalisé un rêve : culbuter Miss lolo !

Par Styx on the moon
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Mardi 29 août 2006

James est papa ! (9)

Les yeux rivés sur l’écran de télévision, James ne prête aucune attention à Micheline qui allaite les triplettes. Le sein droit pour Amanda, le sein gauche pour Erina, le berceau pour Elodia.

" _La nature est mal faite, quand même, j’aurais pu avoir une troisième gougoute pour la petite ! "

James ne répond pas, il est concentré sur " Les feux de l’amour ". Elodia hurle de faim. Son père se retourne et dit à sa chère mère.

" _Fais la taire !

_J’peux pas ! J’ai que deux gougoutes , je te dis!

_Oh la la ! Ca va pas être comme ça tous les jours, hein ? Moi, j’aime pas le bruit ! "

James augmente le son de la télévision. Soudain, la porte de la chambre d’hôpital s’ouvre. Mémé Marcelle au rapport. Habillée de son éternel treillis camouflage, la vieille dame aux cheveux bleus, pénètre avec un large sourire. Elle est la grand mère paternelle de James. Du haut de ses 88 printemps, Marcelle Corlier a enterré plus d’un cimetière. Elle pousse un " youyou ! ", puis s’approche de Micheline.

" _Bonjour ma petite ! Je viens embrasser mes arrières petites filles ! "

En regardant les gamines, Marcelle pousse un cri.

" _Ah ! ! ! ! ! ! ! ! !

_Ben qu’est-ce vous avez Mémé Marcelle ? demande Micheline, les seins à l’air.

_Dieu qu’elles sont laides ! Les nourrissons sont souvent moches, mais là, ça dépasse l’entendement ! "

La maman éclate de rire, le papa, dans le même élan, glousse à son tour.

" _Ben mes enfants, vous allez avoir du travail ! En tout cas, je tiens à vous féliciter ! "

Marcelle s’oriente vers son petit-fils. Elle le considère.

" _C’est bien, James, j’ai appris que tu restais au chevet de ta femme, toutes les nuits… 

_Ben oui, pensez bien, c’est pour le porno sur le câble ! "

Marcelle toise Micheline sur ses mots, et se précipite sur James pour le baffer.

" _Idiot ! Petit con ! Tu as intérêt de bien t’en occuper de tes saloperies ! Je te préviens, de mon vivant, tu vas te tenir à carreau ! Je veux te voir bosser pour ces petites connasses ! "

James Corlier fait signe qu’il a compris.

Mémé Marcelle est devenue féministe après le décès de son époux. Longtemps brimée par les hommes, elle a pris le taureau par les cornes, pour défendre les droits du sexe faible. Militantes extrémistes, elle ne supporte plus la compagnie des hommes.

Elle le détaille, puis hurle, les mains sur la taille.

" _Mais tu es dégueulasse avec ce pull, regarde, y a des taches partout ! Tu vas laver tes vêtements, plus souvent , petit cradingue !

_Oui, mémé !

_Et puis tu vas me couper les poils qui dépassent de ton nez !

_Oui, mémé !

_Et maigris un peu, t’es gros comme un cochon !

_Oui, mémé ! "

Marcelle Corlier baffe à nouveau James, avant de s’asseoir sur un fauteuil prés du lit. Elle soupire, en regardant Elodia dans son berceau.

" _Comme si une ne suffisait pas…Bon Dieu ! Trois…par chance, ils ont une grand mère spécialisée dans la chirurgie esthétique, elles pourront lui demander des conseils. Faut espérer qu’elles soient pas trop cons…Hein ?

_Ouais Mémé ! dit James en regardant John Abbot sauver Catherine Chancellor des flammes.

_Comment va la Joconde ? "

Marcelle Corlier appelle sa belle-fille, la Joconde, parce qu’elle est selon elle, en perpétuel rénovation.

" _Bien, elle revient aujourd’hui de son voyage de noce avec Henerail.

_Avec le nain de jardin ! Bon Dieu de merde ! Elle n’a jamais eu aucun goût cette pucelle ! Déjà se marier avec mon fils fut une erreur grossière, mais là, avec ce petit roquet aux allures de mafioso, je dis NON !"

Marcelle se gratte les sourcils broussailleux, avant de bailler.

" _Gaby devrait pas tarder. Il vient me chercher, on va aller coller des affiches pour l’association des chiennes en mutation. "

Micheline, la peau pleine de pustules, gémit,

" _J’ai mal à la foufounette… "

Marcelle la dévisage.

" Ben oui, ma grosse, tu as mis 3 mioches au monde, tu crois pas que tu vas t’en sortir comme une fleur à la rosée ! Moi, j’avais plein de vergetures et ils ont dû m’arracher les dents ! En tout cas, tu devrais pas allaiter ! Ces bestioles vont t’abîmer les nichons ! Regarde comme ils pendent ! "

Micheline se met à pleurer.

" _T’es trop sensible mon poussin " essaye t-elle de la consoler

_J’pleure pas pour ça ! Mes seins ont toujours été mous.

_Ben pourquoi tu pleures ?

_J’ai faim ! ! ! ! ! ! ! !C’est pas bon ici, je veux du Mac Do !

La militante se redresse de son siège, pour s’adresser à James.

" _Lève ton gros cul et va lui chercher des frites ! Allez ! "

James ronchonne, mais exécute. Il craint sa grand mère.

" _Et puis toi, arrête de pleurer ! On dirait une baleine échouée sur la plage ! "

Soudain, Mémé Marcelle voit le visage de sa belle fille sur l’écran de télévision.

" _Regardez c’est la Joconde dans un aéroport ! "

Les trois protagonistes regardent médusés le flash spécial. Le présentateur du journal explique.

" _Une Française, a été soupçonné, d’avoir voulu faire exploser un avion américain. Son comportement suspect a inquiété les hôtesses de l’air qui en fouillant son sac à main, ont trouvé des objets chimiques. La sexagénaire qui était, selon l’équipage, très stressée, s ‘est énervée contre le personnel de vol. L’avion a été neutralisé, au sol, avant son décollage. La passagère, que vous voyez en pleine crise de nerf, a été conduite dans un centre antiterroriste pour subir un interrogatoire. Après vérification, il s’agissait seulement, selon la police, de simples produits esthétiques, à consommation personnelle. Des piqûres de collagène et autres substituts. La passagère venait de subir un lifting, ce qui peut expliquer son air étrange. Elle a été relâché… "

 

Mémé Marcelle éclate de rire.

" _Relachée, si on veut!! Elle est tirée de partout la Joconde!  Vous avez vu sa tête d’ahurie ! Le monde entier a assisté à ce spectacle ! Et en plus ils ont dit son âge ! Ah la la ! Elle va être folle ! "

James planté devant l’entrée n’en croit pas ses yeux. Mémé Marcelle se lève et peste contre lui.

" Allez crétin, va chercher ses frites, et prend moi un Big Mac ! J’ai la dalle !  "


La promotion de James. (10)

Le petit homme au rond bidon quitte sa réception, il est convoqué chez son patron, et nouveau beau-père, monsieur Henri. Dans le corridor, il pense aux seins de Christiane. Depuis l’accident de voiture, Miss Lolo n’est plus tout à fait la même. Elle est comme habitée par des forces intérieures. Elle inquiète d’ailleurs tout le personnel du supermarché. Il en entendu, hier soir, en faisant ses courses, une caissière en parler à une cliente. Elle disait que sa collègue avait des visions mystiques. Il songe, il se dit que c’est dommage, qu’elle n’ait pas des visions érotiques. Il pourrait ainsi, la soulager.

James tapote à la porte, puis pénètre dans la réserve intouchable du propriétaire de l’hôtel.

Henri lui fait signe de le rejoindre, d’un signe de la main. Derrière son imposant bureau en bois, qui le dissimule, on le voit à peine. Il se redresse, et lui prit de s’asseoir. Une lampe éblouit, James. Nerveux, il n’ose pas parler.

" _Comment vas-tu ?

_Bien monsieur Henri.

_Je t’ai déjà dit de m’appeler Henri quand on est en famille ! Et les petites, elles vont bien ?

_Oui, un peu bruyantes quand même. "

L’effet Gina Corlier est nettement remarquable sur le patron. Les cheveux noirs, les sourcils épilés, les rides effacées, Hainerail, a perdu, dix ans, en un mariage. Si ce n’est plus. Il a commencé les implants capillaires, ce qui le rend très irritable.

Il caresse de ses mains poilus, ses dossiers, puis il considère attentivement son beau-fils.

" _Si je t’ai fait venir, c’est pour une bonne raison. J’ai décidé, en consultation avec ta mère, de te promouvoir. Il est temps que tu fasses vivre correctement, ta famille… "

James ne répond pas. Il ne porte pas dans son cœur, cet homme étrange aux pratiques douteuses.

Henri appuie sur le bouton de son interphone, et demande à une personne de venir. Le réceptionniste entend les chiens aboyer. Il sait qui va rentrer. Il s’enfonce dans la chaise, terrifié. Une femme d’une quarantaine d’année, en tailleur gris souris, fait son apparition, accompagnée de deux énormes dobermans. Les chiens pestent comme des acharnés sur James, Henri est obligé de les faire taire. La femme, raide comme un piquet, se place à côté du patron. Le front de James perle de sueur. Il est mort de trouille devant cette créature coiffée au bol. Cette femme est Brigitte, la fille d’Henri. Les salariés la nomment Brigitte Gestapo, et ce n’est pas pour rien…Les nazis seraient même des enfants de cœur comparaient à elle. Elle est le bras droit de son père, son œil de Moscou. Elle surveille tout, et répète tout. Son strabisme est une force inconsidérable, personne ne peut savoir ce qu’elle regarde. James suppose qu’elle l’observe à cet instant, mais il en n’est pas certain.

" _Ma chère Brigitte, comme tu le sais, est la numéro 2 de l’hôtel. Elle la meilleure gestionnaire au monde. Grâce à elle, les profits ne cessent d’augmenter. Elle est mon petit écureuil "

Brigitte est une radine, qui râle pour tout. Elle a refusé de fournir du papier toilettes pour les employés . Elle a contrainte les anciennes femmes de ménage à démissionner, pour prendre des smicardes. Pas de pitié, jamais. Elle impose ses règles, sa loi ! On ne compte plus les salariés qu’elle a fait pleurer. Même Micheline, durant son court passage, s’est brûlée à sa tyrannie.

" _J’ai décidé que tu allais devenir mon numéro 3. Après mon tendre beefsteak, bien entendu. "

Brigitte Gestapo tourne la tête vers son paternel, conquérante.

" _C’est elle qui va te former à nos méthodes. "

Un léger plissement de lèvre, sur la bouche du Terminator, comme un soldat, elle est prête à dégainer.

James d’une voix cassante, essaye de sauver son poste.

" _C’est à dire que moi, ma réception, je l’aime bien… "

Et là, d’un coup de règle sur le bureau, Brigitte interrompt James. Même Hainerail sursaute.

D’une voix grave, et monocorde, la mante religieuse aux cernes noirs, dit

" _Assez ! Il est temps que tu deviennes un leader ! Tu vas arrêter de mater les sites pornos et de draguer les femmes de chambre. Tu vas devenir un des nôtres, puisque père à épousé ta mère ! Finis la récréation, tu rentres dans la cour des grands !  "

Henri plisse la bouche, il est fier de sa progéniture. Elle est certes austère, et un rien, agressive, mais elle travaille comme cinq. Elle est le bulldozer qui abat les murs, et tue les ennemis. Il peut voyager en toute confiance, avec sa petite Ginette, Bibi s’occupe de tout !

Elle reprend, en tournant autour de lui, comme un maton face à son prisonnier.

" _Je vais te faire maigrir. Tu vas apprendre à parler. Je serai ton mentor. "

Brigitte, dans son for intérieur, regrette amèrement que James se soit marié avec la rouquine aux airs de campagnarde. Elle a toujours été secrètement amoureuse de ses petits bourrelets. Elle remercie Dieu, de lui confier cette mission providentielle. Rester 8 heures par jour, avec lui, rien que du bonheur, encore plus jouissif que de maltraiter le personnel. Et puis qui aime bien, châtie bien !

James se retient pour ne pas vider sa vessie sur le parquet. Les chiens le reniflent à l’entrejambe. Il est mort de peur.

" _Très bien, tu commences dès demain ! Prépare tes cartons, tu t’installes dans le bureau de Brigitte. Vous êtes, dès maintenant, mon équipe ! "

Il lui fait signe qu’il peut partir. James contourne Brigitte Gestapo, qui retient ses chiens pour qu’ils ne le dévorent pas. Il n’ose affronter son regard bifurquant. Avant qu’il ne parte, son beau-père lui crie :

" _Ne me remercie pas, c’est bien normal, ton papa peut bien faire ça ! "

James en campagne (11)

Vendredi soir, cellule de crise à l’hôtel. Autour d’une table, Henri préside un petit comité composé de son épouse et de sa fille. L’heure est grave, les sourcils froncés, il s’exclame.

" _Avec ces conneries, ce con va nous foutre sur la paille ! "

Gina Corlier soupire, en regardant encore une fois de plus, le tract. Sur le papier, James en photographie accompagné d’une pulpeuse blonde en tunique rouge. Elle baisse la tête, tout en caressant nerveusement son caniche Perle. Elle feinte la tristesse pour apaiser son mari.

" _Je ne comprends pas…il n’a jamais aimé la politique ! Son père doit se retourner dans sa tombe, lui compagnon du Général… "

Henri pousse un cri qui fait sursauter sa fille. Pourtant Brigitte n’est pas du genre à être surprise. Elle retient tant bien que mal, ses dobermans, qui veulent dévorer tout cru la petite Perle. Les bras tendus, tirant sur les laisses elle écoute son père poursuivre son sermon.

" _Dans le commerce, on ne fait pas de politique ! On doit le neutraliser ! Un député vert dans la famille, c’est impossible ! Nous allons perdre tous nos clients de l’hôtel ! Nos fournisseurs vont nous mettre sur une black liste ! On va devenir persona non grata !"

Regard menaçant envers sa fille, qui dans son petit tailleur gris en laine ne mouche pas.

" _Brigitte, tu devais garder un œil sur ce crétin ! Tu as échoué ! "

Aucune réponse. La matonne au strabisme sait qu’elle n’a pas été brillante, elle n’a même pas été capable de lui faire perdre un gramme. Secrètement, son cœur fond encore plus pour lui depuis son engagement politique. Gina sort de son petit sac rose, une bombe de déodorant. Elle en pulvérise autour d’elle.

" _L’odeur des chiens me rend nauséeuse…."

Brigitte Gestapo montre les crocs. La matonne d’une voix d’outre-tombe s’adresse uniquement à son père.

" _Le parti écologiste n’en revient pas. Il l’ont parachuté dans la circonscription pour présenter un candidat. Jamais il n’aurait pensé qu’il aurait fait un tel score ! Jamais !

_En ballottage favorable  au premier tour avec comme suppléante, une caissière bouddhiste aux gros seins, de qui se moque t-on ? C’est une hérésie ! Les Français n’ont rien dans le ciboulot ! "

Henri tape le poing sur la table.

" _Je vais m’en occuper de ce trou du cul ! Vous allez voir de quel doigt, je me chauffe ! "

Gina serre plus fort sa chienne contre elle. Elle songe. Jamais elle n’aurait imaginé un avenir politique à son fils. Sur la photo, elle le trouve beau dans son petit costume de chez Kiabi. Au fond d’elle même, la maman aimerait bien que sa progéniture soit élue. Cela voudrait dire qu’elle n’a pas complètement échoué dans son éducation.

" _Brigitte, tu dois le neutraliser ! Les affaires sont déjà moroses ! "

La porte de la salle de réunion s’ouvre sur ces mots. Une crinière flamboyante apparait. Micheline fait signe à sa belle-mère. Elle n’ose s’avancer davantage. Elle craint les chiens.

" _Il manquait plus qu’elle ! Ronald MacDonald ! " songe Brigitte, qui dévisage sa rivale. Elle la trouve encore plus graisseuse que jamais. Elle aimerait lâcher ses chiens pour qu’ils la dévorent.

" _Ou est ton époux ? " hurle Henri. 

Micheline piétine. Elle répond timidement.

" _Il est avec mémé Marcelle et cousin Gaby. Ils distribuent des tracts au centre commercial. Il ne veut pas que je vienne, il dit que je suis pas assez représentative.

_Bon Dieu de merde !

_Oui Henrail, j’ai mis mon jogging vert pour tracter, mais il ne veut rien savoir… "

Le patron lève les yeux, en plein désarroi.

" _D’après les statistiques, James est bien parti pour remporter la victoire ! Il sera l’un des seuls députés écolo !"

Apitoiement, Henri cache son visage sous ses mains. Il a envie de pleurer. Un pas en avant, Micheline ose affronter l’assemblée.

" _Je vais aller militer devant le Mac Donald. J’ai tout apporté avec moi ! Les tracts, les autocollants, les pin’s et les banderoles !"

Elle sort une, qu’elle brandit fièrement: ‘Votez James Corlier pour un monde sans déchet !’

" _Qui m’accompagne ? " demande t-elle.

Long silence. Gina se lève.

" _Je ne peux pas laisser mon fils, seul dans cette bataille. Une mère se doit de…de…combattre avec lui !"

Henri n’en croit pas ses yeux, Brigitte se lève également.

" _Pour une fois, Ginette a raison. Si James est élu député, on aura toutes les autorisations que l’on souhaite ! Imagine une immense terrasse devant notre hôtel avec une fontaine ! Il faut penser stratégie, père. Stratégie !"

Henri observe le cortège s’en aller. Les yeux au ciel, il joint les mains pour prier.

" _Faites que ce crétin ne soit pas élu !"


James à la fête foraine (12)

Bras dessus, bras dessous, James et son épouse avancent doucement dans la foule de la fête foraine. Entre la musique, et les cris d’exaltation, difficile de se détendre. Pourtant Micheline parvient à oublier les tracas du quotidien.

" _C’est une bonne idée de sortir ainsi tous les deux…en amoureux…sans les filles, et la famille…

_Ouais.

_J’ai l’impression de revivre…loin de ta mère et de Henrail.

_Ouais.

_Il va falloir renouveler l’expérience.

_Ouais."

Peu convaincu, le petit homme au bidon rond semble ailleurs. Il est usé par sa semaine. Il serait bien resté devant la T.V à regarder les femmes désespérées de M6. Il songe à ce qu’il va pouvoir se mettre dans le ventre, un bon hot dog ou des croustillons.

" _J’ai envie de monter dans le train fantôme ! "

Micheline cesse de marcher. Elle désigne du doigt le manége. James grimace, il se voit collé à son corps, lui hurlant aux oreilles. 

" _Non Micheline. La dernière fois, tu as tapé le garçon déguisé en mort vivant. 

_C’était de l’autodéfense !

_Et puis des horreurs, j’en vois tous les jours !"

Ironie qui ne fait rire que James, Micheline n’insiste pas. Ils poursuivent leur chemin. Bien entendu, ils s’arrêtent devant les délices de la fête.

" _T’as envie de quoi ?

_D’un hamburger chez Mac Do ! "

James hausse les épaules. Il n’en peut plus.

" _Tu peux pas penser à autre chose qu’à ton fichu Mac Do !

_Euh…

_Prends une pomme d’amour ! C’est bien pour l’occasion. "

Elle accepte le fruit défendu qu’elle dévore en quelques minutes.

" _J’ai mal aux dents !

_T’as qu’a manger moins vite ! "

James s’écarte de sa moitié, il veut garder ses croustillons pour lui tout seul.

" _Donne m’en un !

_Non ! Chacun son dessert !

_Egoïste !

_J’en ai marre ! Tu manges toujours plus vite que moi ! "

Sauvez par le gong, le palais des glaces séduit la rouquine.

" _Allez James ! Je veux y aller !

_Non ! C’est trop dangereux, tu peux te péter ton nez ! Et franchement, ce serait dommage d’abîmer si belle protubérance !"

Faux argument, James craint surtout de voir le reflet de sa femme en multiples exemplaires. Elle rougit avant de blêmir en entendant ses mots..

" _Je vais dans le grand 8 ! Je veux m’éclater !

_J’aime pas.

_Normal, c’est un truc de mec…j’y vais seul, toi, tu vas pisser dans ton froc ! 

_Tu viens de manger, tu vas être malade…

_C’est mon problème. On se retrouve un peu plus tard si tu veux…"

Micheline frissonne sous son jogging Adidas. Elle veut impressionner son époux, non, elle n’est pas une trouillarde comme il le dit.

" _Je viens avec toi ! "

James ricane. Il lui prend la main pour aller plus vite. Sur la route, il s’arrête devant le stand de tir. Une foule observe une femme rigide avec une mitraillette qui dégomme toutes les cibles. Micheline la reconnaît de suite. Elle a comme le sentiment que la demi sœur de son époux s’arrange pour se retrouver au même endroit qu’eux.

"_Comme par hasard, elle est là cette punaise ! Pour une fois qu’elle n’est pas accompagnée de ses clébards ! "

James la salue, elle est fier de connaître si bonne tireuse.

" _Tu nous accompagnes au grand 8 ? "

Brigitte toise sa rivale avant de dire.

" _Si tu veux des frissons, essaye la catapulte. "

Les jambes de Micheline tanguent. La catapulte est l’attraction la plus sensationnelle de toute la foire. Elle propulse deux personnes à toute vitesse dans les airs. Madame Corlier riposte.

" _Attends, c’est dangereux…Nous sommes parents…Nous avons des responsabilités…Dans l’émission de…

_Tout est sous contrôle " lui répond t-elle.

" _Je ne veux pas que mes filles soient orphelines !

_Et bien j’y vais avec James. Tu nous attends… "

Micheline a envie d’étrangler la matonne. Elle veut être un modèle pour son époux ; un exemple.

Accélération du rythme cardiaque, Micheline scrute la guillotine. Elle a envie de vomir.

Devant le manége, Micheline se sent de plus en plus mal.

" _Ecoute James, je crois que je ne peux pas le faire…C’est trop dangereux…Imagine si…

_Arrête ! Tu vas nous porter la poisse ! Attends nous là, on revient !"

Brigitte éclate de rire, elle a écrasé sa rivale.

A la caisse, Brigitte et James font face à un refus.

" _Interdit aux obèses, désolée ! "

Discrimination, James est déçu, il est prêt à riposter quand soudain une vengeance perfide lui monte à l’esprit. Il entend son épouse au loin.

" _Attendez ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !Attendez! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !  Je veux la faire cette attraction. "

Il désigne son épouse du doigt à la foraine.

" _Et elle, elle peut monter ? "

Acceptation, James achète deux places

" _Allez-y entre femmes ! "

Brigitte semble écœurée de se retrouver assise à côté de Micheline alors qu’elle aurait pu se serrer contre le corps moelleux de son tendre James.

Compte à rebours, les deux piégées sont assises dans la bulle. L’une est sur l’autre.

" _3, 2, 1…..0 ! "

Et c’est avec joie, que James Corlier contemple son épouse et sa demi sœur monter au ciel ensemble.

 

Par Styx on the moon
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